Chronique Immortel, enfin de Pauline Dreyfus

Véronique Marchand Librairie Coiffard, Nantes

Il n’est pas toujours aisé d’être élu à l’Académie française. Paul Morand échoua par trois fois jusqu’à cet été 1968 où Jacques de Lacretelle appela son ami : « C’est le moment, envoie ta lettre » . Décidément les temps avaient changé !

Un jour que je m’étonnais auprès de Dominique Fernandez de l’élection à l’Académie française d’un écrivain que je trouvais par trop franc-tireur pour briguer une telle reconnaissance, celui-ci me fit remarquer que, sous la coupole, francs-tireurs, ils l’étaient tous. Et Paul Morand n’était pas le moindre des francs-tireurs ! Mais derrière chaque grand homme se cache une femme, c’est du moins ce que prétend un dicton populaire chinois. Pauline Dreyfus ajoute « que derrière une candidature, il y a le plus souvent une épouse en quête de reconnaissance. » Et Paul n’aurait pas aimé décevoir Hélène. Surtout au soir de leur vie. Une vie passionnante et passionnée à laquelle manquait ce petit plus qui le consolerait peut-être « d’être témoin de la fin de ces temps [que j’ai] tant aimés » , et lui permettrait, enfin, de retrouver Paris. Paris… les cocktails mondains, les coteries, les élégantes et le salon cathédrale de l’avenue Charles-Floquet où le tout-Paris se presse… hormis François Mauriac, mais c’est une autre histoire et, pour la découvrir, lisez ce roman jubilatoire. « J’ai voulu faire un gros plan sur la vie – si riche – de Paul Morand. Et cet épisode de la conquête de l’Académie française, qui n’est qu’un prétexte, me paraissait cristalliser toute une existence : mauvais choix politiques, écrivain maudit mais légendaire, bilan d’une vie. Et puis on est au lendemain de Mai 68, drôle de période qui pousse un peu plus les aînés dans la grotte de Lascaux… Ce n’est pas un livre sur la consécration d’un Immortel ; c’est un livre sur la grande vieillesse, c’est un livre sur un écrivain qui a cessé de l’être et va, à la faveur d’un retour dans la carrière des honneurs, le redevenir. Juste après, il écrira Venises , sans doute son plus beau livre. » , m’explique Pauline Dreyfus. Un texte piquant qui nous permet d’entrer dans l’intimité de ce couple si délicieusement snob et d’y croiser deux jeunes débutants : Patrick Modiano et Nathalie Baye.

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