Chronique Le Beau Monde de Harriet Lane

  • Harriet Lane
  • Traduit de l’anglais (États-Unis) par Amélie de Maupeou
  • Coll. «Coll. « Feux croisés »»
  • Plon
  • 04/10/2012
  • 256 p., 21 €

VÉRONIQUE MARCHAND, Librairie Coiffard, Nantes

Les Anglaises excellent dans l’art du roman psychologique et savent croquer avec pertinence et humour la bonne société. Harriet Lane est une nouvelle plume, très affûtée, à côté de laquelle il serait dommage de passer.

 

Une petite route de la campagne anglaise. C’est la fin de l’après-midi, il fait déjà nuit et la neige mêlée de pluie accentue encore la mélancolie de cette fin de week-end. Au volant de sa Fiat, Frances est impatiente de retrouver son appartement londonien, quand elle aperçoit une luxueuse berline encastrée sur le bas-côté. À son bord, il y a une femme blessée avec laquelle Frances ne peut échanger que quelques mots avant qu’elle ne décède. À ce moment du récit, le lecteur comprend que cette histoire d’accident mortel par une triste soirée d’hiver va changer le destin de Frances. Oui, mais comment ? Une des forces de ce roman est d’emprunter certains codes du roman policier – Harriet Lane est une grande admiratrice de Patricia Highsmith – et de savamment les enchâsser dans une formidable intrigue psychologique. Frances est une trentenaire effacée et – apparemment – sans grand attrait. Elle est l’assistante souffre-douleur d’une rédactrice en chef très en vue d’un magazine littéraire et, en dehors de son travail, elle mène une existence solitaire et morose entre un modeste appartement mal décoré et des week-ends très ennuyeux chez ses parents. Mais Frances est loin d’être sotte et n’est pas aussi insignifiante que le pensent ceux qui la côtoient. C’est presque par inadvertance qu’elle comprend que la femme qu’elle a tentée de secourir était l’épouse de l’écrivain le plus apprécié (et le plus courtisé) du moment. Quand lui et ses enfants émettent le souhait de la rencontrer, elle accepte. Leur raconte-t-elle alors sciemment ce tout petit mensonge ? En anticipe-t-elle déjà les conséquences ? Ou est-ce la suite des événements qui vont lui faire comprendre la formidable opportunité qui s’offre à elle ? Harriet Lane met en place un jeu très subtil de métamorphose et de manipulation. Il y a du Vita Sackville-West et du Willa March dans ce premier roman rapide, incisif et à l’humour corrosif. Une nouvelle belle découverte de la collection « Feux croisés ».

 

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