Entretien La Fabrique du monde de Sophie Van der Linden

Véronique Marchand Librairie Coiffard (Nantes)

Une jeune fille de 17 ans éprise d’absolu et de beauté s’éveille à la vie, à la liberté et à l’amour dans un univers qui, a priori, ne le permet pas. Ce premier roman est remarquable de concision et de finesse, une sorte de netsuke littéraire qui intrigue d’abord, puis bouleverse.

« Mei ! Lève-toi ! » Mei se réveille trop lentement. Son rêve est si prégnant. Pourtant, il lui faut l’oublier. Et vite ! Les pièces de tissu, la machine à coudre, le contremaître, la cadence infernale : un quotidien qui ne tolère aucun retard et, pire, aucune liberté. Toutefois, grâce à ce travail, son frère fait des études et ses parents vieillissent sereinement, alors, qu’importe que l’institutrice ait fait part de son admiration pour cette élève vive et intelligente. Mei sait que son destin est scellé et elle l’accepte. Tout est supportable à partir du moment où, dans cet univers si contrôlé où l’individualité n’a pas cours, elle peut encore rêver, avoir un peu de temps pour lire son unique livre (son trésor) et partager les rires de ses camarades de chambrée. « La vie réserve parfois mieux que les rêves », songe la douce Mei si sensibleà la beauté d’un rayon de soleil traversant l’atelier. Mais la vie peut aussi se révéler cruelle. Surtout pour les jeunes filles trop passionnées.

 

Page — Mei, le personnage de votre roman, est une jeune Chinoise dont j’aimerais que vous nous disiez dans quelles circonstances vous l’avez rencontrée et les raisons qui vous ont poussée à écrire son histoire.
Sophie Van der Linden — Mei est une jeune fille que j’ai probablement croisée au cours d’un voyage en Chine en 2002. Pour être plus précise, elle est une sorte de condensé des jeunes Chinoises rencontrées à cette occasion. Je suis allée à Pékin en train depuis Paris. Jusqu’à Moscou d’abord, par le transsibérien ensuite, à bord duquel j’ai traversé la Russie, la Mongolie, la Chine… 10 000 kilomètres de voies ferrées, à peu près l’équivalent de la distance qui sépare la France de la Chine. Un aspect de ce pays m’a alors tout spécialement frappée : sa jeunesse. La jeunesse chinoise est au centre de la société, qu’elle irrigue de son énergie et de son dynamisme, mais dont elle incarne aussi les multiples antagonismes, politiques, sociaux, culturels, économiques… L’idée du roman a germé en 2006 ou 2007, lorsque j’ai vu des images montrant de gigantesques ateliers textiles ou d’immenses chaînes de montage de matériel électronique peuplés de centaines d’ouvrières chinoises vêtues des mêmes blouses, accomplissant les mêmes gestes répétitifs et adoptant des attitudes similaires. Le contraste avec l’image de la jeunesse que je m’étais forgée pendant mon voyage cinq ans plus tôt était sévère. J’ai voulu faire de l’une de ces jeunes ouvrières un personnage, plonger dans ses pensées, imaginer une trame où mon héroïne se distinguerait de ses compagnes, posséderait une identité et une personnalité… Bref, j’ai eu envie de créer ce personnage et de le faire évoluer à l’intérieur de cet univers collectif, à première vue déshumanisé et prodigieusement aliénant – mais les choses ne sont jamais aussi simples et caricaturales. […]

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