Chronique Le Peuple des rats de Patrick Saint-Paul

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François Reynaud Librairie des Cordeliers (Romans-sur-Isère)

Le miracle économique chinois se cache sous terre. Des millions de paysans devenus ouvriers peuplent le sous-sol des mégalopoles, offrant au régime une force aussi laborieuse que silencieuse. Ce récit leur donne enfin la parole.

En surface, la Chine est le monstre que l’on sait : une force économique offensive qui s’appuie, entre autres, sur une croissance (longtemps) à deux chiffres, des mégalopoles en expansion permanente – comme Pékin et ses 21 millions d’habitants, ses constructions toutes plus folles les unes que les autres, les sept périphériques qui l’enserrent, dont le dernier, long de 940 kilomètres, se situe à certains endroits à plus de 175 kilomètres du centre ville ! Centres commerciaux ultra-modernes, bars à l’occidentale pour jeunesse dorée, quartiers d’affaires, immeubles de cinquante-sept étages construits en dix-neuf jours, pollution étouffante deux jours sur trois… Cette réalité on la connaît plus ou moins à travers les reportages télévisuels et, pour les lecteurs du Figaro, les articles du grand reporter Patrick Saint-Paul, correspondant du journal dans le pays depuis 2013. Ce livre sort toutefois du registre journalistique, pour rendre compte d’une réalité tellement hors norme, qu’elle se confond avec le fantastique. Le deuxième sous-sol de l’immeuble dans lequel il habite, lui et sa petite famille, abrite un monde souterrain et parallèle. Comme dans un livre fantastique lorsqu’une porte dérobée s’ouvre sur un monde inconnu et fascinant, il découvre la « cheville ouvrière » de cette incroyable croissance, les mingong, ces paysans venus par millions des campagnes misérables en quête d’un avenir meilleur et qui, faute de mieux, habitent les sous-sols des grandes villes. Rien qu’à Pékin, ils sont 7 millions à vivre sous terre. Discrets, ils sont le shunzu, le « peuple des rats », ceux sans qui le « miracle » n’aurait pas eu lieu. Ce livre propose d’aller à leur rencontre. Leurs histoires sont bouleversantes. S’intéresser à ces hommes et ces femmes qui sacrifient leur existence pour l’avenir hypothétique de leurs enfants, c’est revisiter et comprendre, au-delà des chiffres, l’histoire d’un pays qui jour après jour, maltraite son peuple et perd son âme.

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