Dossier Le Meilleur de Bernard Malamud

  • Bernard Malamud
  • Traduit de l’anglais (États-unis) par Josée Kamoun
  • Coll. «NULL»
  • Rivages
  • 04/02/2015
  • 304 p., 22 €
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François Reynaud Librairie des Cordeliers (Romans-sur-Isère)

Méconnu en France quand, aux États-Unis, son nom côtoie ceux de Saul Bellow et de Philip Roth au sein d’une discutable école littéraire judéo-américaine, Bernard Malamud est remis à l’honneur par les éditions Rivages avec deux romans aussi différents qu’une batte de base-ball peut l’être d’une Torah.

Roy Hobbs était promis à une grande carrière de joueur de base-ball et, avec ce coup de batte incroyable qui allait faire des ravages, il avait véritablement les armes de ses ambitions. Mais un coup de feu tiré par une créature en mousseline transparente va le tenir éloigné des terrains de longues années durant. Il reviendra à la compétition quinze années plus tard à l’âge où, pour beaucoup, sonne l’heure de poser définitivement la batte. Recruté par les Knights de New York, en perdition dans les profondeurs du tableau, il s’avère très vite que son swing n’a rien perdu de son percutant, et Pop Fisher, leur entraîneur maudit, se remet à espérer en des lendemains meilleurs… Et si, après des années de galère, l’heure de Roy Hobbs avait sonné ? Le Meilleur est certes un livre très américain avec l’univers sportif qui lui sert de toile de fond, mais il reste universellement poignant lorsqu’il dépeint le combat qu’un homme mène contre lui-même et contre les démons qui l’assaillent. Enfant rejeté par sa mère, incapable de se situer dans le regard des femmes, incapable de reconnaître son ennemie intime dans celle qu’il aime, comme il l’est d’accepter l’amour d’une autre dans toute sa simplicité, il se perd dans les tourments du désir, entraînant dans ses errements ses qualités de sportif. Profondément secret et solitaire, Roy Hobbs devient très vite, malgré lui, le héros d’un public et d’une ville pour qui la moindre baisse de régime du leader des Knights se transforme en désamour chargé de haine. Roy n’est pas préparé à cela. Il ne veut pas se charger d’un tel fardeau. Le grand rêve américain de réussite irrésistible va ramasser quelques coups de batte au passage… C’est haletant, rageant, profondément émouvant. Et c’est pour tout cela que Le Meilleur est devenu un classique de la littérature américaine. Philip Roth lui-même considérait Malamud comme son maître. Il faut aussi absolument lire L’Homme de Kiev, paru en 1966 et que les éditions Rivages ont eu l’excellente idée de rééditer. Et, autant Le Meilleur était américain, autant celui-ci ne l’est pas le moins du monde ! Pourtant, il s’agit bien là du même auteur qui signera avec ce roman un chef-d’œuvre (prix Pulitzer et National Book Award) sur le grand mal européen. L’histoire se passe dans ce « pays malade » qu’était la Russie impériale finissante du début du xxe siècle, à Kiev, « cité médiévale farcie de superstitions et de mysticisme » où arrive pour son plus grand malheur Yakov, artisan talentueux mais tragiquement… juif. Il crevait la faim à la campagne, sa femme venait de le quitter, ne lui restait plus qu’à tenter sa chance à la ville. Mauvaise idée. Très mauvaise idée. « Tous les hommes participent à l’Histoire, mais certains plus que d’autres, les Juifs en particulier. » Un livre choc, presque une farce sur l’antisémitisme.

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