Chronique Aral de Cécile Ladjali

Dominique Paschal Librairie Prado Paradis, Marseille

Dans ce puissant roman, les héros courent après le son perdu du ressac pour oublier le silence. Les pêcheurs sont orphelins de leur mer, et Alexeï perd l’ouïe tout en se lançant dans la création musicale.

La musique est la pièce maîtresse de ce roman subtil, qui mêle les amours de deux jeunes Kazakhs et la disparition de cette mer poissonneuse que la politique agricole de l’Union soviétique a siphonnée en 1960. Le désert s’est installé et Alexeï se souvient de son enfance passée en compagnie de Zena, à une époque où les crustacés abondaient. La mer d’Aral devenue muette n’est plus que sable, et Alexeï, devenu sourd, se recrée la musique des vagues dans ses compositions musicales. « Je vois les notes de cette musique qui est comme l’enfance consciente de la tragédie. » Aral est un long récit poétique et révolté égrené par Alexeï, où Zena est reine et diablesse, son double, son amour impossible. Tous deux sont nés dans cet univers d’eau et de sable. Leurs mères les avaient fait baptiser en même temps et les avaient promis l’un à l’autre pour conjurer la catastrophe écologique annonciatrice de mort. Les méfaits de la civilisation industrielle les intriguent et leur curiosité leur révèle l’existence d’une usine d’armes bactériologiques à quelques kilomètres du village. La pollution atteint l’eau, les enfants naissent difformes. Zena oriente ses études vers la recherche écologique et gagne l’Europe ; Alexeï, confronté à la solitude, cherche à connaître ses origines. En effet, sa carnation plus mate que la peau de ses parents l’intrigue. Pourquoi lui a-t-on caché son identité réelle ? Après une crise existentielle au cours de laquelle « toutes les peurs, les angoisses viennent de l’épuisement de ce travail de titan qui consiste à émettre des sons dans la béance des vides, à colorier les trous noirs de la mémoire, à inventer des dialogues, des chuchotements aimants là où à l’origine il y a l’absence de tout », il prend sous son aile une adolescente, Nulufar. Victime d’une bactérie attaquant le système nerveux, elle souffre de régression dans son comportement, attitude qu’Alexeï a connue lors de la progression de son handicap. La création artistique hante le cœur de l’œuvre de Cécile Ladjali avec subtilité.

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