Chronique De port en port de Collectif

Par Dominique Paschal, Librairie Prado Paradis, Marseille

Embarquer dans ce livre permet de retrouver le sens du temps et des distances tout en explorant l’activité des ports entre 1870 et 1950. Les clichés reproduits de façon chronologique témoignent des progrès spectaculaires intervenus dans le secteur portuaire et de l’inventivité incessante des photographes.

De nombreux photographes effectuèrent des reportages consacrés à ce lieu de départ et d’arrivée qu’est un port. L’émotion spécifique aux voyages au long cours, l’intensité des départs ou des retrouvailles imprègnent leurs images. De même, les échanges commerciaux, le travail des docks, la manipulation des marchandises ont abondamment inspiré les photographes, dont le travail a par ailleurs l’avantage de figer, pour l’histoire, la réalité de ce contexte si particulier. Le livre procède par escales, de la mer du Nord à Saint-Nazaire, de La Rochelle à la Méditerranée et New York, faisant chaque fois resurgir un monde enfui. En 1939, le magazine Life commande à Kertész un reportage sur le port de New York. Il montre les majestueux transatlantiques évoluant à la traîne des remorqueurs qui ne cessent d’aller et venir à l’intérieur de la baie, comme une armée de fourmis en perpétuelle activité. Depuis un dirigeable, les photos noir et blanc attestent d’une activité humaine incessante, mais si cette fébrile agitation caractérise la vie des docks sillonnés par de longues colonnes de trains de marchandises, le repos et l’intime caractérisent celle des cabines. Après 1945, de nombreux ports apparaissent couverts de blessures. Marcel Bovis montre par exemple le vieux port de Marseille envahi d’épaves de paquebots dynamités par les Allemands, telle cette partie du pont transbordeur reliant les deux rives du port. Par contraste, il photographie les pêcheurs préparant leurs filets dans un petit port de la baie, au vallon des Auffes. Et sur l’Île de Sein, Denise Colomb rend compte de la vie des hommes et des femmes qui vivent en osmose avec l’océan. Ses portraits d’iliennes coiffées de leur bonnet traditionnel disent le travail accompli sans les hommes partis pour de longues périodes de pêche. Les photos aux chatoyantes couleurs de Lucien Roy, architecte en chef des monuments historiques dans les années 1910, dénotent une curiosité pour les formes des sites et édifices qui l’entourent. La lecture de ce livre constitue aussi un intéressant témoignage de l’apport considérable des photographes eux-mêmes à l’amélioration des techniques photographiques. Ainsi Lucien Roy, avec un filtre jaune placé devant l’objectif et des plaques autochromes, réussit à obtenir des vues de bateaux au mouillage, où le ciel se détache de l’eau des bassins dans des contrastes de bleu gris tranchant avec les blanches façades. Une passionnante histoire.

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