Chronique Des chaussures pleines de vodka chaude de Zakhar Prilepine

DOMINIQUE PASCHAL, Librairie PRADO PARADIS, Marseille

Au fil des nouvelles réalistes de Zakhar Prilepine se dessine une Russie contem-poraine désenchantée et violente. Les galères des héros se résolvent dans la vodka, glacée ou chaude, compagne plus réconfortante que les femmes..

Zakhar Prilepine n’a qu’à puiser dans ses expériences personnelles pour nourrir ses nouvelles si réalistes. Onze histoires pour montrer le quotidien de Russes désœuvrés, toujours prêts à se lancer dans une aventureuse débrouille entre copains. Les tranches de vie de cette génération s’opposent par leur crudité à l’image du « nouveau Russe » magnifiée par le pouvoir. Le « jeune Russe », contraint de vivre dans un présent toujours plus difficile, s’adjoint une compagne, la vodka. Elle réchauffe le cœur, calme le spleen et possède même des dons complémentaires, comme celui de détendre le cuir d’une chaussure trop petite. Dans « Viande de chien », Roubtchik organise un barbecue pour attirer des filles. Il raconte à ses copains que la viande de porc étant trop onéreuse, il fait rôtir un chien. La farce réussit à merveille : les copains n’ont rien mangé, mais les autres se sont pourléchés les babines. La trivialité côtoie l’humour et la poésie dans cette peinture réjouissante bien que dévastatrice. La très rurale province russe est dépeinte dans la nouvelle « La grand-mère, les guêpes et la pastèque ». Le ramassage des pommes de terre y est montré comme un moment magique « où d’un trou du sac s’échappe une pomme de terre écervelée, sitôt enterrée dans cette terre noire et molle, comme si elle n’avait jamais existé. »

Ce jeune auteur de 35 ans a vécu plusieurs vie. Il a participé à la guerre en Tchétchénie, a collaboré au journal où écrivait Anna Politkovskaïa et est engagé politiquement dans le parti russe national-bolchevique dirigé un temps par Limonov. L’auteur apparaît dans son livre poursuivi par le pouvoir, surveillé comme au mauvais temps du bolchevisme. Sa femme feint de le chasser de la maison après une dispute car elle sait que des enquêteurs le recherchent. Les vieux réflexes de dissimulation s’apprennent vite, même si cette génération de trentenaires n’a pas connu la répression policière soviétique. Ces histoires très ancrées dans le quotidien tentent de rebâtir, à partir d’un passé effondré, un nouveau destin.

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