Chronique Vert de Michel Pastoureau

Olivier Renault Librairie L’Arbre à Lettres (Paris 14e)

Historien des couleurs, Michel Pastoureau poursuit son formidable travail amorcé en 2000 avec Bleu, histoire d’une couleur puis Noir en 2008 (Seuil). Voici maintenant Vert. Superbe ouvrage, richement illustré, qui ouvre nos yeux et nos esprits sur cette couleur, ses significations, ses symboliques.

Alors, le vert, couleur de l’espoir ? Bien sûr, mais pas seulement, ni partout, ni depuis toujours. Le statut d’une couleur, le sens et la valeur qu’on lui attribue varient selon les âges et le lieu. Le vert ne figure pas dans les peintures rupestres et les Grecs, par exemple, ne le mentionnent presque jamais. Leur « lexique chromatique [est] relativement pauvre et imprécis », évoquant davantage « des qualités de lumière ou de matière que de véritables colorations ». Au point que la question s’est sérieusement posé de savoir si les Grecs voyaient le vert. Pour Pastoureau, « si, dans une société donnée, une couleur n’est pas ou peu nommée, ce n’est pas parce qu’elle n’est pas vue mais parce qu’elle joue un faible rôle dans les activités humaines, les relations sociales, la vie religieuse, le monde des symboles et de l’imaginaire ». Car, « pour l’historien, c’est d’abord la société qui “fait” la couleur, pas la nature, ni le couple œil-cerveau ». C’est donc dans les sociétés occidentales, leur histoire, leur littérature et leur iconographie que l’auteur traque la valeur, les symboliques et significations de la couleur verte. La cote du vert monte et descend selon les époques. Nulle chez les Grecs, elle remonte chez les Romains (notamment dans les courses de chars… et la consommation que Néron faisait des poireaux !) où elle apparaît comme une couleur apaisante (regarder une émeraude calmait la vue), devient une couleur chevaleresque au Moyen Âge, où l’on fête le printemps en « plantant le mai », et où l’on fleurette (origine du mot flirt). Couleur de la jeunesse et de la fin’amor, elle devient, à la fin du Moyen Âge, alors que sa cote tombe, diabolique, associée à la maladie, la mort, les reptiles et batraciens. S’il nous semble normal de mélanger du bleu et du jaune afin d’obtenir du vert, il n’en a pas toujours été ainsi. C’est une idée à la fois très ancienne (les teinturiers germains) et moderne qui s’est développée après les théories de Newton et son spectre lumineux, lequel introduit un nouvel ordre des couleurs, le vert se trouvant entre le jaune et le bleu (à la fin du Moyen Âge, il était entre le bleu et le rouge). Les peintres du xvie siècle utilisent des pigments naturels (malachite, vert de cuivre…) et ce jusqu’au xviiie au moins – à l’exception notable de certains vénitiens, dont Bellini et Giorgione. Les enlumineurs, eux, ont eu recours depuis longtemps au mélange ou à la superposition de bleu et de jaune. Aujourd’hui, en pharmacie comme en politique, le vert est « sain, tonique, vigoureux », « libre et naturel ». Sa cote a bien évolué : fini le diabolisme, « le vert est devenu une couleur messianique. Il va sauver le monde. »

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