Chronique Œuvres, vol. 2 de Claude Simon

  • Claude Simon
  • Édition établie par Alastair B. Duncan, Bérénice Bonhomme et David Zemmour
  • Coll. «Coll. « Bibliothèque de la Pléiade »»
  • Gallimard
  • 01/12/2020
  • 1656 p., 59 €

OLIVIER RENAULT, Librairie L'Arbre à lettres, Paris

En 2006 paraissait le volume d’Œuvres (qui devait être le seul) conçu par Claude Simon lui-même. Paraît pourtant aujourd’hui, à notre surprise et pour notre plus grande joie, un second tome. Testament trahi ? Pas vraiment. Et s’il l’était, felix culpa !

 

Bien que ce nouveau tome soit composé pour l’essentiel d’œuvres à haute teneur en éléments autobiographiques, l’intérêt du formidable apparat critique qui les accompagne ici ne repose pas tellement sur des révélations de cet ordre. On savait déjà que Simon avait un ancêtre général d’Empire, Jean-Pierre Lacombe Saint-Michel, qui deviendra l’un des héros des Géorgiques ; que sa tante « Mie », qu’il aimait « comme sa mère », était le sujet de L’Herbe ; que la mère dont Le Tramway raconte l’agonie est bien celle de l’écrivain ; que, dans le sublime L’Acacia, l’homme tué au tout début de la Guerre de 14 et dont la mère tente de retrouver la trace est bien Simon père, tout comme le soldat pris dans la débâcle de 1940 n’est autre que l’écrivain lui-même. Si le lecteur curieux pourra rassasier sa soif de dates et de précisions biographiques, les notes, notices et annexes insistent plutôt sur le travail d’écriture. En toute cohérence avec la pensée de l’écrivain qui se méfiait de l’identification biographique simple et a insisté toute sa vie sur l’importance du faire, du travail. On voit ainsi à quel point Claude Simon, qui a été peintre avant d’être écrivain, a travaillé à partir d’images, de cartes postales (flagrant dans Histoires), de tableaux anciens (Poussin) ou contemporains (Rauschenberg, voir Les Corps conducteurs). On peut y trouver ses plans de travail (malheureusement sans les couleurs), ses diagrammes, ses dessins. Ou encore l’excellent entretien donné en marge de L’Acacia, « La Déroute des Flandres ». Et l’on plonge dans ce phrasé singulier, cette façon unique de déployer le français, dans le tragique de l’Histoire broyant les individus, mais aussi dans cette sensualité vive, toute en frottements, musique nocturne, éblouissements lumineux, giclées de couleurs, fragrances inoubliables et chair désirante.

 

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