Chronique Entrée des fantômes de Jean-Jacques Schuhl

OLIVIER RENAULT, Librairie La Petite lumière, Paris

Entrée des fantômes joue sur les dédoublements et les palpitations de lumière sur fond d’ombre, le réel et l’irréel. C’est aussi une réflexion sur le jeu d’acteur et l’art d’écrire.

D’abord, l’apparition féerique, onirique, d’un jeune mannequin, Marge, sortant d’un grand hôtel au bras d’un cardinal. Elle possède un curieux stylo réagissant à de rares fréquences vocales. Elle soupire un « Aaahhh ! » et un œilleton s’ouvre : « un bout de laque se déboîte vers l’intérieur, coulisse sur le côté, comme un volet, découvrant une membrane translucide ». S’y projette alors « des lambeaux de scènes inédites, fugitives et inachevées qui ne revenaient jamais deux fois », quelques brèves secondes de « scintillation dans la nuit ». Une sorte de cinéma miniature et portatif, ne montrant que des fulgurances. Tout le roman repose sur ce jeu d’apparitions ombrées et lumineuses, une petite fugue de la lumière dans un théâtre d’ombres. Le mannequin lui-même semble être un fantôme, une apparition, comme les corps, apparitions lumineuses qui ne sont que l’inversion de leur négatif. Le narrateur, Charles, baigne dans ce monde du cinéma en compagnie d’Ingrid Caven, de Jean Eustache, de Jarmusch ou de Raul Ruiz. Nostalgie des années 1970, sans doute, et oscillation entre l’élaboration personnelle d’un mythe et la constitution d’un sujet en permanent décalage, tel est Entrée des fantômes.

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