Chronique Caravansérail de Francis Picabia

OLIVIER RENAULT, Librairie L'Arbre à lettres, Paris

1924. Montparnasse est le centre du monde, Paris rayonne. Les avant-gardes s’entredéchirent. Le premier Manifeste du surréalisme paraît. Picabia, peintre, revuiste (391), écrivain, joueur, flambeur, homme à femmes et collectionneur de voitures, croit encore pouvoir faire infléchir la balance en faveur de Dada. L’ancien allié (Breton) devient un ennemi. Il lui fait pourtant lire le manuscrit de son roman à clés Caravansérail. Breton lui en déconseille la publication. Et pour cause, lui-même et ses amis sont ridiculisés : Picasso, Cocteau, Drieu, Aragon, Van Dongen, et tant d’autres, parfois sous leur nom. Le seul qui s’en sorte bien est le couturier et collectionneur Jacques Doucet, pour qui Breton travaille encore ; visiblement, notre romancier flagorneur veut lui piquer sa place… Picabia envoie son manuscrit à Gallimard qui le refuse. Dur coup pour l’auteur qui, peu à peu, se trouve isolé. Le ton du roman relève à la fois de l’aigreur de celui qui se sent perdre la partie, de l’absurde et du sens de la contradiction de Dada et du cynisme propre à Picabia, qui s’élève contre tout, et même contre… Picabia ! On le suit, lui et l’écrivain raté Lareincay, de salons en casinos, dissertant sur tout, pérorant, persiflant. Il étale ses théories, ses convictions, fait parfois rire, est souvent ridicule et fat. Mais, tout de même, pour qui aime l’époque, on peut s’amuser et en apprendre plus sur ce qui s’y tramait de l’intérieur et apprécier ce livre dont la réalisation matérielle est aussi réussie qu’originale. 

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