Chronique La Lumière est plus ancienne que l’amour de Ricardo Menéndez-Salmon

Par Olivier Renault Librairie L’Arbre à Lettres (Paris 14e)

Un merveilleux et poignant roman, baroque dans sa façon de tordre les formes pour subvertir le temps (la narration), mêlant les registres de la fiction, de l’essai et du document.

En 1350, Pierre Roger de Beaufort (futur Grégoire XI, le dernier Pape français) met pied à terre devant le château de Sansepolcro – nom doux à l’oreille de tout amateur de peinture. Il vient de la part de son oncle le Pape Clément VI, demander au peintre Adriano de Robertis de détruire son œuvre blasphématoire, la Vierge à barbe. Son refus lui coûtera cher. Puis nous passons à Rothko, ce génie de la vibration lumineuse… et du néant. Son exil enfantin, sa recherche passionnée, son travail sur la chapelle de Houston, son suicide. Mais aussi ses voyages à… Sansepolcro. Enfin, Semiasin, ce peintre devenu millionnaire qui a rencontré Staline, et qui, en 2001, se met à manger ses toiles. Pour ingérer la substance de l’art ? Le lien entre eux est subtilement tressé par le narrateur Bocanegra, qui écrit le livre que nous lisons, nous confiant de ce fait des moments – parfois bouleversants – de sa vie, et rêvant de « cesser d’écrire par excès ». Ne craignant ni les grands écarts ni les rapprochements fulgurants, Menéndez Salmón nous fait vivre les palpitations de la lumière, les éblouissements de la beauté arrachée au néant, dansant au plus près de la mort, ultime référent.

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