Chronique Médium de Philippe Sollers

Olivier Renault Librairie L’Arbre à Lettres (Paris 14e)

Sollers publie un nouveau roman, Médium (entre autres : un format de bouteille de champagne). Le lecteur pressé n’y verra que répétition ; j’y entends un art de la variation, à lire, en contrepoint, avec Fugues (Folio).

Un homme passe sa vie entre Paris et Venise, où il prend ses habitudes à la Riviera, restaurant situé près de la gare maritime, loin des touristes (pas de magasins). Il y mange, boit, lit, pense. Il est observé par Loretta, la petite-fille du propriétaire, intriguée par cet étrange « professore » silencieux. Il se nouera entre eux une relation amicale ou amoureuse à distance, quelle différence ? Une autre femme occupe sa vie vénitienne : Ada, dont l’ardeur se déploie dans les massages à domicile. Entre eux se noue une relation particulière basée sur l’efficacité physique et le silence. Il est à l’écoute, non de ses pulsions mais de ses sensations. L’unicité de l’individu, son eccéité, c’est ce fond même de sensations qui ne sauraient mentir. Apogée lorsque le verbe s’en mêle. « Il y a un corps dans le corps qui a sans cesse des choses à vous dire et à vous redire. On ne se lasse pas de cette musique, et, ici, il faut une partenaire pour savoir qui on est vraiment. » Il écoute, observe, boit, se drogue un peu, offre à son corps des propriétés de dilation, d’élation, de métamorphoses. Question de focale, il sait voir au plus près ce qui l’entoure tout en analysant notre monde contemporain, son bruit, sa déraison. Il écrit d’ailleurs un Manuel de contre-folie, petit bréviaire à l’usage des résistants qui veulent armer davantage leur système nerveux. Ses armes ? L’art de lire vraiment (activité de plus en plus rare) des grands textes, surtout français, que d’aucuns croient périmés par l’agitation affairiste et consumériste : Lautréamont, Saint-Simon, par exemple. S’obstine à écrire, en français, à la plume et à l’encre. Non par peur idiote de la technologie (ça n’est pas elle qui est folle, mais les hommes), mais par nécessité physique. Sur une autre longueur d’onde…

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