Chronique La Veuve enceinte de Martin Amis

Olivier Renault Librairie L’Arbre à Lettres, Paris 14e

Dans un lieu à la fois ouvert et fermé, l’auteur évoque les liens complexes et les désirs troubles qui animent les personnages, le mouvement brownien de ceux-ci, particules de la « révolution sexuelle » alors en cours.

Quelques amis anglais en villégiature dans un château italien d’une petite ville de Toscane, Montale. Ils sont, pour la plupart, au début de leur vingtaine, en 1970, en pleine « révolution sexuelle » – ou ce que l’on a nommé ainsi. Le protagoniste, Keith Nearing, se souvient – des années, trois femmes et des enfants plus tard – de cette année qui a bouleversé sa vie. Il était donc dans ce château en compagnie de sa petite amie, Lily, jolie blonde aux yeux bleus, mais moins jolie sans doute que Shéhérazade, dont le nom est autant une promesse de bonheur que d’histoires : grande blonde aux yeux marrons, bombe à la forte poitrine qui ignore encore, en ce début d’été, à quel point elle est belle.

En vacances avec eux, Whittaker, homosexuel qui a des démêlés avec le bel et fuyant Amen, arabe veillant jalousement sur sa sœur voilée ; Adriano, comte italien beau et riche, mais très petit (1m50) qui tourne comme une guêpe autour de Shéhérazade ; Kenrik qui arrivera en cours de vacances avec Rita, jeune femme au langage cru et aux pratiques sexuelles délurées ; enfin Rita, troublante, distante, au postérieur proéminent. Keith est obsédé par Shéhérazade et Lily le sait bien, qui le pousse vers elle dans un jeu pervers et ambivalent. Ce cercle d’amis et de connaissances liera des liens troubles de désirs, d’amitiés, de confidences, de trahisons. Jeux de regards en biais, par ricochet, émois divers, spéculations, inhibitions qui tentent de se lever, entre perversion et affranchissement.

Le lecteur est pris dans ces jeux, assiste au nouage des intrigues. La tension monte doucement, en basse profonde et continue, et l’attente d’un passage à l’acte de Keith vers Shéhérazade réserve quelques surprises. Ce lisant, le lecteur est convié à de nombreuses réflexions sur les personnages et sur ce que lui inspirent les théories développées en divers « entractes », tel ce « système des âges » qui remplace celui des classes, des races, des sexes. Une « confusion des sentiments » qui n’est pas sans évoquer Gombrowicz, avec style et intelligence.

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