Dossier Chacun peut dire je de Robert Menasse

OLIVIER RENAULT, Librairie L'ARBRE À LETTRES, Paris

Un roman et un livre de nouvelles de l’écrivain autrichien Robert Menasse. L’occasion de découvrir, si ce n’est déjà fait, un fin observateur du ratage sexuel et social, créateur de personnages qui se la racontent.

On pense tout de suite à Portnoy et son complexe , de Roth, même si le personnage s’appelle Nathan (tiens, comme Zuckerman !) et est plus âgé. Il revient sur sa vie, par éclats, par éclairs, dans un ordre où la chronologie est quelque peu bousculée, comme dans une psychanalyse. Et c’est précisément le « cadre » du roman : Nathan se confesse à sa psy, Hannah Singer. C’est du moins la trame du roman, un peu truquée parce que certains épisodes reviennent sur cette analyse, de l’extérieur, avec un mensonge, notamment, de Nathan. Les rapports plus que complexes avec son père, ce salaud, avec sa mère, ses collègues, sa profession et, bien sûr, surtout, les femmes. Elles défilent, reviennent, obsèdent ou au contraire glissent sur lui sans laisser d’autre trace qu’une sensation, mais point de nom. Des femmes aimantes, dogmatiques, tendres, bombes sexuelles : son expérience se construit dans la diversité. Une sorte d’homme à femmes mais malheureux, avec un fond de mélancolie : « “Avoir de la chance avec les femmes” signifiait pour ses amis avoir des femmes, or lui voulait dire, quand il en parlait, avoir de la chance. Pour lui, une femme était facile “à avoir”, mais pas le bonheur ». Malgré le coup de foudre : « Le plus difficile, de toute façon, c’est ce qui arrive après la foudre ». Un Don Juan avec la naïveté de l’autre Don mythique, le Quichotte. Sa vie est une série plus ou moins contrastée d’échecs amoureux, professionnels (il finit par se faire virer) et politiques. Une femme lui donne une explication possible : « Ton problème c’est que la satisfaction ne te suffit pas, il te faut la délivrance ».

Ces nouvelles mettent aussi en scène des personnages au bord de quelque chose, aux prises avec leur famille et leurs échecs, mais plus encore avec la version (là, on pense à Mordecai Richler) qu’ils se donnent de leur propre histoire : raconter, est-ce toujours, fatalement, se la raconter ? Réponse ici avec humour sur fond de mélancolie. 

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