Chronique Bluebird de Tristan Koëgel

Mélanie Mignot Librairie Le Grand Cercle (Éragny-sur-Oise)

Robert Johnson, Bessie Smith, W. C. Handy, figures emblématiques du blues des années 1940, ont fait vivre et connaître cette musique à travers les États-Unis puis dans le monde entier. Cette musique, on l’entend tout au long des pages de Bluebird. Minnie et son père, Curtis, nous plongent dans cette période de l’Histoire américaine.

Le blues, cette musique qui sait exprimer la tristesse des esclaves dans les plantations, l’attente d’une vie meilleure et la joie des plus grands bonheurs, que les Songsters ont fait voyager avec leurs guitares et harmonicas à travers les contrées du Sud au moment où les changements les plus importants du pays s’opèrent, est au cœur du nouveau roman de Tristan Koëgel. On suit les aventures de Minnie qui, accompagnée de son père Curtis, sillonne les routes du Sud des États-Unis pour chanter et jouer le blues en croisant la route de gens qui transformeront leur vie. L’aventure commence sur une image de Curtis et Minnie marchant sous la chaleur écrasante et aride du Sud. Des routes à perte de vue sans le moindre point d’eau pour se désaltérer. Minnie se blesse, Curtis est forcé de l’emmener voir le sorcier Yoruba pour qu’il guérisse rapidement sa cheville. Minnie va rencontrer ce sorcier, le craindre, mais aussi écouter sa prédiction concernant son rêve et son avenir. Elle deviendra, aux dires de Yoruba, une très grande chanteuse. Elle devra toutefois s’armer de patience. Minnie veut y croire. Néanmoins, tout ce qu’elle voit pour l’instant c’est sa cheville gonflée et son impossibilité de marcher. Curtis la porte sur son dos pour avancer, mais il ne pourra pas aller bien loin. Tant pis, ils aperçoivent à l’horizon des baraquements en bois qui semblent abandonnés. Ils s’approchent et sont accueillis par Papy, travailleur sur la plantation du redoutable Charley Silas. Silas hait tout ce qui est de couleur noire et fait vivre l’enfer à ses employés par le biais de Manus Dalley et Nashoba, dit Gros Poings. Chez Papy, Curtis sort sa guitare et redonne vie au blues. Beaucoup les ont rejoints pour les écouter. Curtis et Minnie se sont trouvés de nouveaux amis, et la vie suit son cours pendant la convalescence de la jeune fille. Curtis aide aux champs et Minnie répète ses chansons pour les soirées. Le lendemain de leur arrivée, elle surprend un garçon blanc qui l’observe à travers les fenêtres de la cabane. Qui est-il ? Elwyn Dalley, fils de Manus Dalley, le redouté régisseur de la plantation. Il va pourtant devenir son meilleur ami. Le contexte de la ségrégation les oblige à se voir en cachette. Mais le Ku Klux Klan fait la loi au sein des villes et des villages. Charley Silas, figure emblématique du Klan, organise des expéditions punitives. Le jour où l’église est la cible du Klan, Curtis ne peut se mettre à genoux et préfère se tenir debout. Il prend sa guitare, son couteau et se met à jouer la « musique du Diable » pour repousser les démons. Roué de coups et embarqué par ses assaillants, il finit inconscient entre les mains du père d’Elwyn. Minnie assiste à la scène. Comment peut-elle rester après ça ? Son père meurt ce jour-là. Son enfance meurt ce jour-là. Sa vie doit changer. Elle monte dans un train qui part pour Chicago, berceau du blues, emportant seulement son carnet de chansons… Un magnifique roman où l’on observe l’ascension d’une jeune fille attachante, et un texte qui parle du combat et de l’alliance des opprimés pour lutter contre les injustices.

 

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