Dossier Titien de Augusto Gentilli

Par Olivier Renault Librairie L’Arbre à Lettres (Paris 14e)

Cette saison, Venise est à l’honneur à Paris : après l’exposition autour de Casanova et du manuscrit d’Histoire de ma vie, celles de Canaletto et Guardi réactivent l’intérêt pour ce miracle permanent qu’est la Sérénissime. Deux magnifiques ouvrages vous permettront de poursuivre chez vous cette fête pour les yeux.

L’un des enchantements de Venise, ce sont ses églises. C’est à leur découverte que vous convie le merveilleux ouvrage Églises de Venise, certes trop volumineux pour les promenades, mais idéal après coup, pour vérifier les données historiques, vous en remettre plein la vue, vous donner une envie irrépressible : y retourner au plus vite. Quarante églises répertoriées, décrites, racontées, illustrées. On commence bien sûr par le cœur névralgique de la ville, San Marco, merveille malgré les touristes agglutinés. (L’avantage du livre, d’ailleurs, c’est de pouvoir admirer l’architecture et les tableaux au calme, avec des points de vue privilégiés.) Puis les autres vedettes, les Frari, la Salute, San Zanipolo. Mais aussi, et surtout, de véritables merveilles moins connues, hors du parcours fléché Rialto/San Marco : l’étonnante Madonna dell’Orto, Santa Maria dei Miracoli, splendeur flottant à l’étroit, ou Santa Maria Formosa, c’est-à-dire, pour aller vite, « la pulpeuse » : « selon la tradition, la Madone apparut à Saint Magnus, évêque d’Oderzo, sous les traits d’une splendide femme aux belles formes (formosa en italien) ; elle lui ordonna de construire une église dans le lieu même où il verrait s’arrêter un nuage. » Tout suscite l’admiration, le ravissement, le vertige joyeux. Vous entrez dans Santa Maria del Rosario (Gesuati), sol en trompe-l’œil, Tiepolo au plafond et sur les côtés, Piazzetta en prime. Les couleurs, le raffinement, l’élégance, l’élévation. Vous sortez presque sur l’eau et prenez de plein fouet le vert laiteux du canal de la Giudecca, ses vagues, sa lumière intense. A contrario, de l’autre côté de la ville, vous entrez aux Gesuiti, première chapelle à gauche, très sombre. Vos yeux, éblouis par la lumière extérieure, vous empêchent d’admirer un Titien ; peu à peu, vous découvrez l’horreur de la scène : les points lumineux sont des flammes, saint Laurent est coincé sur ce grill, maintenu par une fourche que vous distinguez enfin. Vous passez des drapés baroques de Filippo Parodi à San Nicola da Tolentino, au gothique des Frari, au roman vénéto-byzantin de Santa Maria Assunta à Torcello. Mosaïques, fresques, toiles, prouesses architecturales, légendes et événements historiques : il y a tant à dire sur ce très beau livre (sans oublier l’excellente qualité de reproduction de l’Imprimerie Nationale), que je pourrais en parler des heures. Un mot pour signaler la monographie consacrée à l’une des vedettes de Venise, Titien. Outre un très large choix de reproductions, dont de nombreux détails, l’ouvrage d’Augusto Gentili est très richement documenté. Les œuvres sont analysées tant du point de vue symbolique, historique que politique. Le débat sur la vraie date de naissance de Titien remet en question non seulement quelques attributions, mais le sens de certaines peintures. Gentili revient sur de nombreuses interprétations, notamment celles de l’immense Panofsky, et remet en jeu la lecture que l’on peut faire aujourd’hui d’un des maîtres de la Sérénissime.

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