Chronique Le Monde libre de David Bezmozgis

  • David Bezmozgis
  • Traduit de l’anglais (États-Unis) par Elisabeth Peellaert
  • Belfond
  • 06/09/2012
  • 360 p., 22 €

Par Aurélie Paschal, Librairie Prado Paradis (Marseille)

En 1978, des familles juives soviétiques quittent clandestinement l’URSS pour fuir l’oppression. Cette fuite est savamment orchestrée par des organisations spécialisées dans l’aide aux émigrants juifs. Tout un système se met en place : des trains entiers, dont les itinéraires sont sans cesse modifiés pour ne pas être repérés, leur sont affectés. Ces familles se retrouvent en transit en Italie dans l’attente d’un visa, souvent à destination des États-Unis, la terre promise. Ce sont des déracinés qui apprennent en débarquant à l’Ouest qu’ils doivent attendre des semaines, voire des mois entiers avant d’obtenir le précieux document, le sésame vers un monde libre. La famille Krasnansky se retrouve à Rome, mais pour eux, tout est déjà réglé, ils auront facilement leur visa pour les États-Unis car une de leur cousine y réside déjà et peut les « parrainer ». Pourtant, celle-ci a finalement aidé une autre famille de sa connaissance, laissant les Krasnansky sans aucun moyen de se retourner. L’attente s’avère beaucoup plus longue que prévue. Leur subsistance repose sur l’entraide car les Italiens voient d’un mauvais œil l’arrivée de ces Russes exilés. La rivalité Est-Ouest se fait sentir. Les familles sont entassées dans un hôtel minable. Les Krasnansky arrivent à obtenir deux chambres, l’une pour les parents, leur fils cadet et sa jeune épouse, l’autre pour le fils aîné, sa femme et leurs enfants. La promiscuité est pesante, mais nul n’en parle ni ne se plaint. Les semaines passent, l’administration est toujours aussi rigide, les fils Krasnansky vont peu à peu tremper dans des petits trafics pour survivre. Un très beau roman sur l’exil et le déracinement dans l’attente d’une vie meilleure, même si la nostalgie est toujours présente. Car si l’on rêve d’un monde libre, on regrette surtout que le pays que l’on a quitté ne le soit pas. Un roman sur la famille et son importance dans les moments difficiles, et le récit d’une période méconnue de l’Histoire.

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