Sciences humaines
Raphaël Meltz
Cinq silences
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Raphaël Meltz
Cinq silences
Bayard
26/08/2026
394 pages, 23 €
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Chronique de
Lyonel Sasso
Librairie Le Grand Bain (Carantec) - ❤ Lu et conseillé par 15 libraire(s)
✒ Lyonel Sasso
(Librairie Le Grand Bain, Carantec)
Raphaël Meltz convoque une dream team d’auteurs qui, depuis leur disparition, ne cessent de nous envoûter. Ensorcelante littérature qui ne veut jamais mordre la poussière.
Lorsque l’on va au cinéma et que l’on voit le mot FIN sur le grand écran, on clôt le débat. C’est fini. Rideau ! Prodige de la plume de Raphaël Meltz, son essai commence par la fin ! Et nous allons vite comprendre, au fil de ces pages, que rien ne se termine tout à fait. Car les œuvres de Kafka, Roberto Bolaño, Georges Perec, Virginia Woolf et Albertine Sarrazin ne cessent d’entamer le dialogue avec nous, les vivants. Raphaël Meltz, avec minutie (on pourrait presque dire obsession), décrypte les derniers temps d’une vie d’écriture. La beauté de ce texte, c’est qu’il se fait hybride. Car Raphaël Meltz accole à ces biographies sa propre expérience, ce qui leur donne une caisse de résonance inouïe. La lutte contre la maladie de Bolaño et l’empressement de son écriture se dévoilent autrement avec l’apport des tragédies personnelles de l’auteur. La mort aux trousses donc. À ce titre, le tempo du livre est bel et bien une course contre le temps. Perec, surpris par ce satané crabe de cancer, s’évapore dans un lit d’hôpital sans s’en rendre compte. Son œuvre, elle, continue à distribuer sa grande vitalité. Les flirts avec la faucheuse, Albertine Sarrazin s’en fait un bal de fin d’année. Meltz restitue parfaitement la liberté de l’autrice et nous livre cette vie baroque et trop courte en d’admirables chapitres. Les grandes vagues dépressives de Virginia Woolf n’auront cessé de se briser face au réel : merveilleuses et poignantes promenades avec l’insaisissable autrice anglaise. C’est là, la beauté de ces derniers moments. Ils sont intraduisibles donc immortels. Kafka, durant ces dernières heures, grignoté par l’anxiété et la maladie, n’aura aucune réponse et n’en donnera pas. Muet. C’est là que le silence offre sa magie. Il ne tait rien, il met en suspens. La course freine, il faut le temps de l’arrêt. Et c’est dans ces instants-là que l’on apprend l’essentiel.