Chronique Routiers de Jean-Claude Raspiengeas

En excellent journaliste, Jean-Claude Raspiengeas dresse le portrait d’un métier mal connu et affublé de toutes sortes de mythes. Illustré par des témoignages d’hommes et de femmes qui sillonnent les routes chaque jour, ce livre met en lumière ces voyageurs de l’ombre.

La crise sanitaire que nous vivons a pu mettre en lumière l’importance des dispositifs de transmissions. Certains responsables politiques n’ont pas hésité à parler de «°rôle vital°» pour les grandes voies de la distribution de marchandises. Pourtant les mondes du transport et de la logistique demeurent opaques, mal connus. L’acheminement des marchandises s’est métamorphosé depuis des décennies et le métier de routier aussi. Très justement et ce, dès le début de son livre, Jean-Claude Raspiengeas revient sur l’étymologie de ce mot, routier. Il désigne un conducteur, bien évidemment, mais sa première acception définit un voleur des grands chemins. Premier malentendu qui caractérise très bien l’idée, mal fagotée et souvent erronée, que l’on se fait de ces navigateurs du bitume. Ce livre est d’abord parfaitement structuré et chapitré. Il oscille entre des portraits de femmes (si peu) et d’hommes de la route – privilégiant pour cela le journal de bord –, et des petits ou grands récits qui constituent l’histoire de ce métier. Il y a cette languissante musique du temps d’avant, celle présentant les routiers comme des voyageurs, des passionnés se refilant cette obsession de la route de père en fils. Et dans le livre, les témoignages intergénérationnels démontrent bien tous les chamboulements opérés dans cette profession. Du conducteur que l’on respectait, de ces hommes qui s’entraidaient sur les bords des routes et dont la radio RTL consacrait des heures d’antenne avec l’émission de Max Meynier, il ne reste que mépris et crainte, il ne reste plus que l’indifférence. C’est un grand paradoxe – le réseau n’a jamais été aussi important et la demande incessante, pour des temps de livraison de plus en plus resserrés, et simultanément, le métier de routier a totalement perdu de son attractivité. L’image romantique de ces baroudeurs libres s’est vite gangrenée en un constat, amer, de simple salarié fiché et suivi informatiquement par patrons et clients. Si l’innovation technique n’a jamais cessé d’évoluer, les conditions de travail demeurent toujours aussi dures. Jean-Claude Raspiengeas décrit très bien ces longues heures de solitude, la malbouffe, la vie de famille inexistante et ces endroits indignes où il faut se laver ou essayer de se reposer. Il dresse ce lourd constat, avec humanité et bienveillance. Il raconte ces corps abîmés, ces accidents terrifiants, l’ennui mais aussi la beauté sublime des paysages traversés, la poésie des chemins et l’irrépressible sentiment de liberté. Livre nécessaire pour mettre en lumière la persévérance de ces oubliés de tous les jours qui font vivre le pays.

Lyonel Sasso Librairie Coiffard (Nantes)

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