Littérature française

Hélène Gestern

Atelier 4

✒ Marie-Ève Charbonnier

(Librairie Paroles, Saint-Mandé)

Prenant la forme d’une enquête sur les circonstances troubles entourant la mort de la sœur de la narratrice sur son lieu de travail, le nouveau roman d’Hélène Gestern se mue en un thriller social addictif, comme un écho de nos angoisses contemporaines.

Irène Dobrynine est un médecin de famille à la vie paisible, dont la seule préoccupation est de parvenir à fonder une famille avec son mari. Son monde s’effondre lorsque la police lui apprend le décès de sa sœur, Natacha, sur son lieu de travail. Cette chimiste, d’une probité sans faille, travaillait dans un groupe papetier de dimension mondiale, une entreprise qui dut son renouveau économique, après de difficiles années, à un virage écologique publiquement clamé et affiché. Suicide ? Accident de travail ? Que faisait Natacha dans une zone hautement sécurisée, un soir où elle n’aurait pas dû travailler ? Qu’a-t-il pu se passer ce soir de juillet 2024, alors que le pays entier célébrait l’ouverture des Jeux olympiques ? Narré à la première personne, mêlant habilement le récit de l’enfance et de l’adolescence des deux sœurs aux liens étroits au présent, Hélène Gestern nous embarque dans un roman sombre, aux allures de thriller. Ce faisant, elle s’attaque à un sujet peu traité dans la littérature et pourtant souvent douloureux de nos jours : le monde du travail ‒ un monde parfois délétère, voire mortel. On n’en dira pas plus pour ne pas trop déflorer le sujet et ne pas gâcher le plaisir de lecture ! Ce sujet essentiel est d’ailleurs traité tout autant par le prisme de ce qui est arrivé à Natacha qu’au travers de témoignages entendus par Irène dans son cabinet et même au travers de l’exercice de sa profession de médecin. Ce traitement polyphonique est habile et permet également d’élargir la réflexion, dressant un tableau bien triste (et pourtant réaliste) du monde du travail aujourd’hui. Au-delà du sujet, passionnant, on retrouve toute la délicatesse et la finesse d’écriture qui caractérise l’autrice de 555 ou de Cézembre, son talent pour décrire des personnages marquants et les émotions qui les traversent. Un roman fort et qui marque !

Les autres chroniques du libraire

À savoir avant de continuer la lecture ...

X

Les libraires indépendants lisent chaque jour pour vous guider dans l'actualité littéraire et ont plaisir à partager leurs coups de cœur. Pour soutenir leur travail et leur engagement, abonnez-vous ou offrez Page des libraires.

Découvrez nos formules d'abonnement
Déjà abonné.e ? Connectez-vous