Littérature étrangère

Jayne Anne Philips

Les Sentinelles

✒ Marie-Ève Charbonnier

(Librairie Paroles, Saint-Mandé)

Dans la Virginie d’après-guerre de Sécession, une mère au passé mystérieux et sa fille tentent de se reconstruire. Jayne Anne Phillips signe ici une fresque historique puissante et addictive.

Ce livre a tout du grand roman américain ! Il y a du souffle, de l’ampleur, la nature, du mystère, une histoire et l’Histoire avec un grand H ; on souffre, on a peur, on s’interroge. L’histoire se déroule sur deux temporalités, 1864 et 1874, aux États-Unis, dans l’État de Virginie. La scène d’ouverture du roman qui a lieu en 1874, juste après la fin de la guerre de Sécession, est saisissante. La jeune ConnaLee est débarquée avec sa mère, souffrante et muette, dans un asile, par un homme qu’elle appelle « Papa » et dont on ne comprend pas tout de suite les liens qui les unissent. Usant d’un stratagème, il va se débarrasser d’elles en faisant passer l’une pour la servante de l’autre. Le mystère plane sur ce qui s’est passé avant, pendant les années de guerre. Mais aussi sur l’identité de cet homme. Dans une alternance de chapitres qui permet de dévoiler peu à peu les ombres du récit, Jayne Anne Phillips nous entraîne dans une histoire romanesque aux accents D’autant en emporte le vent, dans la tradition des grandes fresques historiques américaines avec, en son cœur, la guerre de Sécession et ses exactions. On y apprend mille choses sur cette guerre, les traces laissées et les ramifications qui s’étendent jusqu’aux États-Unis d’aujourd’hui. Au centre du récit également, sujet d’une modernité et actualité totales, la question de la santé mentale, des traitements infligés aux femmes et de l’enfermement non choisi. Et un lieu qui a réellement existé, l’asile d’aliénés de Trans-Allegheny. Ajoutez à cela des personnages très attachants, des rebondissements nombreux, un sens du rythme et vous obtenez un livre qu’on prend et ne lâche plus !

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