Littérature française
Maryline Desbiolles
Rose la nuit
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Maryline Desbiolles
Rose la nuit
Sabine Wespieser éditeur
08/01/2026
152 pages, 18 €
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Chronique de
Marie-Ève Charbonnier
Librairie Paroles (Saint-Mandé) - ❤ Lu et conseillé par 11 libraire(s)
✒ Marie-Ève Charbonnier
(Librairie Paroles, Saint-Mandé)
Un prénom peut-il contenir mille vies ? Une histoire peut-elle se déployer de femme en fille en s’entortillant autour de ce prénom, avalant les années et les situations ? C’est le pari fou que tente (et réussit pleinement !) Maryline Desbiolles dans son dernier roman.
Rose, c’est une couleur, c’est un adjectif, c’est un nom commun et c’est aussi un prénom. C’est une femme, sept ou mille. Le roman naît d’une contrainte que s’impose l’autrice : elle fait passer une annonce incitant, si on s’appelle Rose, à prendre contact avec elle dans le cadre de l’écriture d’un roman. Sept Rose la contactent et la fiction naît de là. C’est pourtant une autre femme, une huitième Rose qui est le fil conducteur du récit, la voix de la narratrice. C’est une femme sans domicile fixe qui, blessée, échoue à l’hôpital, avide d’un lit où se réfugier. Pour pouvoir rester, elle se transforme en Shéhérazade d’une nuit et conte les Rose, toutes ces Rose nées à des époques différentes, ayant eu des vies différentes. Mais toujours avec des motifs qui reviennent dans le récit (un cheval, un piano...), ce qui lui donne une coloration fantastique, magique. Au-delà de l’histoire, à la fois unique et universelle, dans laquelle nous pouvons toutes nous retrouver, il y a un style : chaque mot est pesé, mesuré, les phrases sont courtes, haletantes, il n’y a pas un adjectif de trop. Ciselé, c’est le mot, et il n’est pas galvaudé. Et enfin, au-delà de l’hommage, du récit, du style et de l’exercice de style, le roman parle de la force des histoires, du fil qui relie les femmes entre elles pour raconter, au-delà de la diversité, l’unicité d’un destin. Maryline Desbiolle signe ici un roman magnifique sur la solidarité féminine et la force des histoires.