Chronique Une femme en contre-jour de Gaëlle Josse

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Vivian Maier est considérée aujourd’hui comme une grande artiste, portant un regard aiguisé et nouveau sur la photographie. Un talent reconnu qui resta cependant anonyme toute sa vie. Avec tout l’esprit qu’on lui connaît, Gaëlle Josse s’empare de cette folle histoire et nous livre une très belle réflexion sur l’art.

Une femme en contre-jour n’est ni vraiment un récit, ni vraiment un roman. C’est l’œuvre d’une artiste qui raconte, à travers les mots, le travail d’une autre artiste et explore son univers et le regard qu’elle portait sur le monde. Vivian Maier est née en 1926 à New York et morte à Chicago en 2009. Elle photographia inlassablement les rues de ces deux villes. Nourrice de profession, elle profita de chaque instant libre pour arpenter les rues, son Rolleiflex autour du cou, photographiant les femmes et les hommes, et multipliant les autoportraits. En 1956, elle quitte New York pour Chicago pour entrer au service de la famille Gensburg. Durant plusieurs années, elle s’occupa des trois garçons. Cette période de stabilité fut la période la plus prolifique pour elle. Mais par faute de temps, de moyens ou par peur de montrer son travail, elle ne développa aucun cliché et resta ainsi toute sa vie dans l’anonymat et la précarité. Sa notoriété est due à un jeune agent immobilier prénommé John Maloof qui, en 2007, acquiert lors d’une vente aux enchères des cartons remplis de pellicules et de négatifs sans grande valeur a priori. Curieux, il développe quelques photos et commence à enquêter pour essayer de retrouver qui en est l’auteur. Le seul indice qu’il trouve est un avis de décès publié dans le journal de Chicago, mentionnant le nom de Vivian Maier. C’est ainsi que John Maloof mit en lumière une artiste. Depuis, ses photographies sont exposées dans de nombreux pays, des livres sont publiés et un film documentaire a été réalisé. « Pouvait-on imaginer matériau plus « romanesque », et plus désespérante histoire ? » Gaëlle Josse s’est emparé de cette histoire, non pas pour nous donner à lire une biographie romancée mais pour tisser un lien invisible entre elles, l’écrivain et la photographe. Et c’est d’ailleurs ce qu’elle explique à la fin de son livre : « le travail de Vivian Maier me renvoie, de façon frontale, impérieuse, à ce que je poursuis en écrivant. Faire passer un peu de lumière dans l’opacité des êtres, dans leur mystère, leur fragilité, dans leurs errances, et dire ce qu’on entrevoit, ce qu’on devine, ce qui se dérobe. » Gaëlle Josse aime, à partir d’un tableau dont un des personnages la touche, se glisser dans leur peau et imaginer leur vie, comme dans L’Ombre de nos nuits ou Les Heures silencieuses (J'ai Lu). Entrer dans leurs pensées et construire une histoire où son imaginaire et sa sensibilité font merveille. Elle devient alors leur ombre, une sorte de témoin, confidente de leurs états d’âmes. Gaëlle Josse signe un texte attachant et passionnant. C’est une nouvelle pierre à l’édifice magnifique et sensible qu’elle construit avec talent et délicatesse.

Delphine Bouillo Librairie M’Lire (Laval)

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