Chronique Le Bureau des jardins et des étangs de Didier Decoin

Il aura fallu une dizaine d’années à Didier Decoin (prix Goncourt en 1977 pour son roman John l’Enfer, Points) pour écrire ce magnifique roman sur le Japon, un japon médiéval méconnu. Le lecteur va le découvrir, à travers le périple de l’héroïne, la jeune et belle Mizuki.

Village de Shimae. Katsuko est un pêcheur de carpes réputé qui livre ses poissons à la Cité Impériale afin de peupler les étangs sacrés de l’Empereur. Lorsqu’il meurt noyé dans la rivière, sa jeune épouse, pour honorer sa mémoire, est désignée pour le remplacer. Elle qui n’a jamais quitté son village entreprend ce long voyage à travers le royaume, un périple semé d’embûches et de dangers. Didier Decoin s’est beaucoup documenté pour nous proposer une immersion totale dans ce Japon du xiie siècle, avec ses particularités, ses traditions et ses croyances. Pour parvenir jusqu’à la Cité Impériale, Mizuki va devoir faire preuve d’un grand courage, car de la réussite de sa mission dépendent l’honneur et la fortune du village : « Si elle échouait, le village tout entier serait déshonoré de n’avoir pas été capable de fournir des poissons aux temples d’Heiankyo ». Elle devra affronter orages et séismes, dieux nippons et brigands et sera même contrainte de se prostituer pour achever le terrible voyage. Mais c’est également l’occasion pour elle de faire son deuil. Tout au long du parcours, elle sera portée par le souvenir de Katsuko : « Depuis la mort de Katsuko, la jeune femme vivait dans un brouillard qui assourdissait les sons, détrempait les couleurs. Mais elle pressentait que cette opacité se dissiperait dès qu’elle prendrait la route, et qu’elle verrait alors le monde tel qu’il est en réalité, avec ses aspects positifs et ses pentes néfastes. ». À peine arrivée, elle participe à un concours de parfums auquel est présent l’Empereur lui-même, et qui a pour thème « La Demoiselle dans la brume ». Si Mizuki est une très jolie jeune femme, elle dégage aussi une odeur particulière de terre, d’eau et de nature, complètement envoûtante. Par son courage et sa détermination, Mizuki réussit à livrer les carpes au Bureau des jardins et des étangs, et ainsi redorer le blason de son défunt mari en même temps que celui de son village. Didier Decoin s’est inspiré de la civilisation japonaise et de son raffinement pour écrire ce roman subtil et passionnant. Il s’est également inspiré des dames de la cour : « En l’an mille, dans la Cité Impériale, ces dames portaient quinze épaisseurs de robes. Elles pouvaient à peine marcher et s’ennuyaient. Donc elles se sont mises à raconter des histoires. À les écrire, les peindre. En fait, c’est la naissance du roman qui s’est produit là-bas, en plein Japon isolé du reste du monde, à une époque où nous, on avait Charlemagne et où on pelait dans les châteaux ». Il a plongé dans les œuvres de grands artistes japonais afin de capter un Japon éternel et charnel favorisant l’exaltation des sens.

Delphine Bouillo Librairie M’Lire (Laval

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