Chronique Reflets dans un œil d'homme de Nancy Huston

Par Géraldine Huchet, Librairie Le Comptoir des mots, Paris 20e

Dès les années 1970, à son arrivée à Paris, Nancy Huston s’engage dans les mouvements féministes, écrivant notamment pour des revues comme Histoires d’Elles . Militante convaincue, elle n’a cessé, parallèlement à son œuvre romanesque, de publier des articles et des essais, souvent polémiques, sur le sujet.

À n’en pas douter, le dernier en date attisera lui aussi les passions ! « Nous incarnons bien moins que nous ne le pensons, dans notre arrogance naturelle et candide, la femme libre et libérée » , pose d’emblée l’auteur. Ainsi donc, nous, femmes occidentales, nous ne serions pas, malgré les luttes féministes, les batailles pour l’égalité des sexes, et, plus futilement, le droit de porter jupes courtes et rouge à lèvres, si libérées que cela ? En effet, nous ne pouvons prétendre honnêtement mener notre vie « à l’écart de cette propagande qui fait de nous, plus ou moins sournoisement, des reflets dans un œil d’homme » . Clin d’œil au magnifique film de John Huston Reflets dans un œil d’or , qui montre le grotesque de relations amoureuses absurdes et délétères, comme reflétées dans la rétine d’un paon, cet essai fait la part belle au symbolique et analyse avec brio les multiples influences qui façonnent, plus ou moins ouvertement, la femme contemporaine. On l’a compris, la question du regard, fil conducteur du livre, est primordiale pour l’auteur : si, selon elle, le regard de l’homme sur la femme est inné, génétiquement programmé, par conséquent difficilement contrôlable, la différence des sexes, n’en déplaise aux partisans de la théorie du genre (quand je vous disais que cela ferait polémique !), est bien réelle. Nous aurions refoulé, depuis cinquante ans, le lien séduction-reproduction, biologiquement lié à la survie de notre espèce. Partant de là, d’une plume vive et souvent crue, Huston s’interroge sur le paradoxe suivant : pourquoi, alors que les femmes deviennent de plus en plus autonomes, « sujets », elles sont également davantage « objets » (voir l’apparition de la photographie, du cinéma, qui donnent une image dédoublée de la femme idéale, fantasmée par un œil d’homme) ? Pourquoi, malgré tous les discours féministes, les femmes continuent-elles à s’enchaîner à l’image de séduction ainsi projetée ? Serions-nous toutes aliénées à la société de consommation par la presse féminine et la pornographie ? Effectivement, ce livre fera grincer les dents, l’auteur n’hésitant pas à balayer le politiquement correct, pointant le doigt sur nos contradictions : « on naît bel et bien fille ou garçon, et ensuite... ça se travaille ! » conclut-elle avec humour. Pas question pour elle de baisser les bras devant le sexisme, bien au contraire ! Une lecture revigorante, donc, qui a aussi le mérite de faire redécouvrir l’œuvre de Nelly Arcan, à qui ce livre est dédié.

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