Chronique Glenn Gould chemins de traverse de Bruno Monsaingeon

Par Géraldine Huchet Librairie Coiffard (Nantes)

Glenn Gould reste certainement l’un des pianistes les plus célèbres du xxe siècle, même trente ans après sa mort. Connu notamment pour ses remarquables interprétations de Bach et pour son côté excentrique, il écrivait aussi très bien.

C’est en effet ce qui ressort de la lecture de cette anthologie de textes, tour à tour sérieux, drôles, iconoclastes, admiratifs ou sacrément ironiques, sélectionnés par Bruno Monsaingeon, grand connaisseur de Gould. Car, non content d’avoir été son ami et le réalisateur de plusieurs documentaires sur et avec ce musicien d’exception, Monsaingeon a entrepris de réunir et de traduire en quatre volumes (publiés de 1983 à 2002) la totalité de ses écrits. Dans ce nouveau livre, il offre au lecteur une magnifique porte d’entrée dans l’univers du musicien en réunissant un florilège de ses écrits (les jeunes années, le musicien penseur, les portraits d’artistes). Parfois très longues, ces conversations permettent de comprendre des idées… souvent contradictoires. On retiendra ainsi ses développements fort intéressants sur les techniques d’enregistrement, son rapport au studio, au disque, et son refus, au faîte de la gloire, de continuer à se produire en concert (il n’a alors que 32 ans) : « Le concert ? Abjection morale, déguisement, position de pouvoir et de domination du soliste, dépendance servile du public. » Des aphorismes comme celui-ci, le volume édité par Monsaingeon en est truffé, rendant la pensée de Gould encore plus mordante. Et, ce qui fait de la lecture un moment particulièrement agréable, c’est de se rendre compte que, non seulement on est face à un pianiste de génie (ses enregistrements des Variations Goldberg en témoignent) et un compositeur d’une intelligence redoutable, mais aussi devant un penseur en prise avec son époque (voyez son texte sur la musique en Union soviétique), affirmant ses professions de foi artistiques avec panache. Ajoutez à cela une qualité littéraire indéniable et vous prendrez un plaisir fou à prendre ces Chemins de traverse, où il évoque son goût pour Schönberg et celui, plus étonnant, pour Barbra Streisand, son admiration pour Yehudi Menuhin et sa passion pour les ciels gris de Toronto. Éclectique, fin, parfois dérangeant, un artiste à écouter et à lire.

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