Chronique La Cité du soleil et les territoires des hommes de Jean-Louis Fournel

Par Géraldine Huchet, Librairie Le Comptoir des mots, Paris 20e

Il arrive qu’on ne retienne d’un auteur, même prolifique, qu’une seule œuvre, qui masque alors toutes les autres. C’est le cas de La Cité du Soleil , l’une des utopies les plus célèbres de l’histoire des idées.

Dans la lignée de l’Utopie de More et largement inspiré de la pensée platonicienne, ce court texte, très radical, est le plus connu du dominicain Tommaso Campanella. Pourtant, ce penseur qualifié d’hérétique, infatigable écrivain, passa sa vie à coucher sur le papier, sous différentes formes (dialogues, discours politiques, essais historiques...), sa vision du monde, un monde dont la perception se trouvait profondément modifiée à l’aube de la Renaissance et des multiples territoires récemment découverts. Dans cette étude érudite mais largement accessible aux curieux, l’historien Fournel, grand connaisseur de l’époque, décrypte les enjeux de la première mondialisation moderne et ausculte l’évolution de la pensée de Campanella ainsi que les liens se tissant au sein de son œuvre : « Montrer qu’il existe des utopies qui se pensent dans le monde et à partir du monde, pas seulement par leur composante critique mais aussi par l’articulation des territoires qu’elles proposent » . Renversant bon nombre d’idées reçues sur la cité des Solariens, cet ouvrage démontre avec brio à quel point Campanella, même en passant la moitié de sa vie en prison, cherchait à fonder une nouvelle unité du monde, largement élargi après la découverte de l’Amérique. Selon lui, si le catholicisme, pensé ici comme la religion de l’universel, doit régner sur le monde nouveau, il ne s’agit pas de rester passif, mais au contraire d’agir en usant de sa volonté propre. Chaque territoire (le royaume de Naples, les Pays-Bas, l’Empire espagnol...) est analysé dans l’optique d’un règne sur le monde nouveau, par-delà les débuts de l’expansion coloniale et les rivalités guerrières. Contre la pensée aristotélicienne, profondément attachée à l’observation de la Nature, Campanella se demande tout au long de sa vie, de façon parfois un peu farfelue, comment trouver un équilibre entre ce monde nouveau en constante expansion et les multiples territoires des hommes. Une interrogation somme toute actuelle : s’insérer dans le monde global qui grandit à toute vitesse sans perdre ses singularités. Une nouvelle utopie ?

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