Chronique Discordance de Anna Jörgensdotter

Par Géraldine Huchet, Librairie Coiffard (Nantes)

Dans la grande famille des écrivains nordiques capables d’imaginer de magnifiques sagas familiales aux multiples rebondissements, voici une nouvelle auteure qui, à n’en pas douter, vous fera passer quelques nuits blanches !

Suédoise, Anna Jörgensdotter est douée pour mêler à la grande Histoire la petite histoire de ses personnages. Plantons le décor : au pied du mont Kungsberg, en 1938, les enfants de deux familles, les Steen et les Andersson, grandissent dans un village où tout le monde se connaît. Deux des sœurs Steen sont très liées aux deux frères Andersson. Comme ces personnages sont de grands adolescents lorsque le roman débute, les serments amoureux et amicaux semblent guider leur vie. À 17 ans, l’avenir vous appartient. Mais la Seconde Guerre mondiale éclate, les mariages ne sont pas forcément heureux et le quotidien vous rattrape vite… C’est ce que décrit, d’une plume vive et alerte, la romancière. Multipliant les points de vue et les ellipses, elle suit pendant vingt ans les espoirs et les désillusions, politiques et sentimentales, de Sofia, Otto et les autres. Nulle longueur dans ce roman qui file à toute vitesse, mais plutôt une attention aux détails : un regard accusateur, des mensonges que l’on devine, des paroles qui blessent. « Les arbres se ressemblent tous à s’y méprendre. Si l’on abattait un arbre ou deux, c’est la brèche qui sauterait aux yeux ». Le texte est imprégné de la mélancolie du temps qui passe et qui n’épargne rien ni personne. Car c’est bien de discordance dont il est question tout au long du livre, légère mais bien présente, avec cette désagréable sensation de passer à côté des autres et de sa propre vie. Mais Discordance est aussi traversé par le rire. Dans la seconde partie du roman se déploie la personnalité lumineuse d’Emilia, la sœur négligée, le vilain canard boiteux de la famille qui découvre l’indépendance financière, le goût de la liberté et la conscience politique. Ce personnage est si fort et douloureux à la fois, qu’il justifierait presque à lui seul l’existence de ce gros livre. Ajoutez-y drames et succès, jamais artificiels, et vous aurez l’assurance de passer un moment délicieux.

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