Chronique Vérités non dites de Angelica Garnett

Par Géraldine Huchet, Librairie Le Comptoir des mots, Paris 20e

Parfois, il est nécessaire de passer par la fiction pour analyser sa vie. C’est ainsi qu’Angelica Garnett, peintre et écrivain, livre à travers ces nouvelles son autobiographie déguisée : quatre épisodes-clés. Magistraux.

Il est vrai que l’auteur n’est pas n’importe qui : fille des peintres Vanessa Bell et Duncan Grant, nièce de Virginia Woolf... bref, la dernière représentante (elle a 93 ans !) du célèbre groupe de Bloomsbury. Très jeune, elle a côtoyé les nombreux artistes et intellectuels de ce cercle d’érudits. La première nouvelle, au titre magnifique – « Quand toutes les feuilles étaient vertes, mon amour » –, met en scène une petite fille, Bettina, qui tente de trouver sa place parmi ces adultes à l’ironie mordante. « La maison ressemblait à une ruche, luisant toujours délicatement à l’instar d’une lumière aperçue sous l’eau. Le bruit de l’activité était faible, insistant mais intime, adressé à personne […]. Maman et Jamie refusaient tous les aspects déplaisants de l’existence, n’ayant de temps que pour les rêves qui voilaient leur regard de visions intimes » . Un sentiment de solitude accablant, amplifié lorsqu’elle comprend que l’ami de la famille est en réalité son propre père. Ici, l’enfance, qui paraît idyllique de l’extérieur et que Garnett a déjà entrepris de démythifier dans un précédent livre, prend rapidement un goût amer. Dans la deuxième nouvelle, la plus longue du recueil, il est question de la relation complexe que la narratrice, adolescente, noue avec le couple qui l’héberge à Paris lorsqu’elle y séjourne pour perfectionner son français : culpabilité, mauvaise conscience et jalousie au programme. Entières, sans compromis, les anti-héroïnes de la romancière lui ressemblent certainement, et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elles ne sont pas des saintes. Elle les malmène, comme dans la dernière nouvelle où la vieille femme qu’elle dépeint se ment à elle-même et blesse ses amis. Quant à la troisième, très brève, c’est aussi la plus touchante : la foule se presse autour d’un homme âgé, le jour de son anniversaire, et parle de lui comme s’il n’était déjà plus là. La mort se rapproche. Et puis elle vous étreint. Et tous les beaux discours sur l’art n’y pourront rien.

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