Chronique Kalooki nights de Howard Jacobson

Par Géraldine Huchet, Librairie Coiffard (Nantes)

À la rentrée 2011 paraissait un monument de dérision fin et grinçant, auréolé du prestigieux Man Booker Prize (équivalent anglais du Goncourt), La Question Finkler, de Jacobson. Petit plaisir de rentrée : Calmann-Lévy publie Kalooki nights, l’un de ses précédents romans. Tout aussi réussi.

Ce roman caustique et diablement intelligent paru en 2005 en Grande-Bretagne traite de thèmes que les lecteurs de Finkler reconnaîtront sans peine : la judéité, l’humour juif, l’amour. Kalooki nights fait partie de ces livres que l’on dévore une première fois, tant le propos et le rythme sont saisissants, puis que l’on relit plus lentement pour saisir une subtilité de langage, un jeu de mots (très bien rendu par la traduction), une allusion à la culture juive sur laquelle on était passé un peu vite à la première lecture. Autrement dit, c’est un roman que l’on garde précieusement dans sa bibliothèque, que l’on apprécie à plusieurs niveaux sans que jamais le plaisir ne s’émousse, un roman dont on souligne des paragraphes entiers tellement ils sont drôles. Vous l’aurez compris, Kalooki nights est un livre hautement recommandable ! Le livre commence dans le quartier juif de Manchester, dans les années 1950. Max, le narrateur, grandit dans une famille aimante et plutôt libérale. Le père est ancien boxeur communiste et athée, la mère passe son temps à organiser avec ses copines des soirées manucure-jeu de cartes – le fameux kalooki du titre –, alors que Manny, lui, a des parents ultra-orthodoxes qui ne jurent que par l’étude du Talmud. Quelques années plus tard, Max est devenu un dessinateur humoristique… qui ne tombe amoureux que de jeunes femmes antisémites – ce qui nous vaut des pages truculentes sur les non-dits dans les couples –, tandis que Manny sort de prison après avoir tué ses parents en ouvrant le gaz ! Vous l’aurez compris, Jacobson n’aime pas le politiquement correct, s’amuse du pire et dit des horreurs avec une grâce et un humour déchirants. Capable du plus cru (l’ouverture du roman sur Tom of Finland, dessinateur gay, en est un bon exemple) et du plus cruel (les belles-mères qui crachent des atrocités plus que douteuses avec le sourire), il passe d’un passage hilarant à un autre plus réflexif sur la condition juive aujourd’hui et l’importance de la Shoah, sans être jamais rébarbatif. La politesse du désespoir ? Il y a un peu de ça chez Jacobson, assurément. Car outre sa plume incisive et ses dialogues qui fusent dans tous les sens, il réussit à camper des personnages secondaires très émouvants, comme ce vieil oncle ou cette amoureuse malheureuse, et à faire des retrouvailles entre Manny et Max, lorsque ce dernier est contacté par un producteur pour écrire un scénario sur le destin de son ancien ami, un moment très juste. Le rire est souvent là pour masquer la gêne. Qu’il soit question de Bar Mitsvah empêchée, d’amour fou ou de bande dessinée, celui qui aime se présenter en « Jane Austen juif » (!) sait débusquer les sentiments enfouis sous les traditions et parvient à nous faire hurler de rire sur les choses les plus graves : la mort, le génocide, le mauvais goût, pour n’en citer que quelques-unes. Un cousin anglais de Woody Allen, en quelque sorte, obsédé par le sexe et la judéité. Place au très grand Howard Jacobson !

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