Chronique Les Amoureux de Sylvia de Elizabeth Gaskell

  • Elizabeth Gaskell
  • Traduit de l’anglais, préfacé et annoté par Françoise du Sorbier
  • Fayard
  • 18/04/2012
  • 528 p., 24.50 €

Par Géraldine Huchet, Librairie Le Comptoir des mots, Paris 20e

Grande romancière anglaise proche de Dickens, Eliot et Charlotte Brontë, Elizabeth Gaskell, moins connue que ces immenses écrivains, du moins en France, mériterait pourtant d’être lue davantage. Espérons que Les Amoureux de Sylvia, pour la première fois traduit en français, saura rencontrer un large public.


Tous les amateurs de littérature victorienne le savent : sous leurs airs bien sages, les jeunes filles ont des sentiments violents. Et ce n’est pas ce texte, la seule incursion de l’auteure dans le roman historique, qui le contredira : la jeune Sylvia, « aussi jolie que la première rose de juin et aussi douce de caractère que le chèvrefeuille qui grimpe autour du rosier », qui fait tourner toutes les têtes, voit son existence bien tranquille bouleversée par la passion. Nous sommes en 1796 quand le roman débute, dans un petit port de pêche sur la côte Est du Yorkshire. La plupart des hommes sont harponneurs et partent souvent au loin chasser la baleine. En pleine guerre contre la France, l’Angleterre n’hésite pas à enrôler de force les hommes valides du village, à peine rentrés de leurs longues expéditions en haute mer, pour en faire des soldats. C’est lors d’un de ces recrutements forcés que l’héroïne fait la connaissance de Kinraid, courageux marin qui refuse l’enrôlement : l’amour lui tombe dessus aussi soudainement que le rouge lui monte aux joues. À travers cette passion naissante, la romancière décrit minutieusement les deux mondes qui se font ainsi face, celui des marins et celui de l’univers rural dont est issue la famille de Sylvia. Un monde paisible en apparence, rythmé par les travaux des champs et les tâches domestiques, troublé seulement par les visites de plus en plus fréquentes de Philip, jeune drapier gentil et raisonnable venu apprendre quelques rudiments de lecture et de géographie à sa jolie cousine. Vous devinez la suite ? Philip est follement épris de Sylvia, qui n’a d’yeux que pour Kinraid... mais ce dernier ressent-il des sentiments aussi forts pour la jeune fille ou est-il simplement charmé par sa beauté ? Tout bascule lorsque le harponneur disparaît un matin ! Dès lors, l’insouciante Sylvia est obligée de prendre sa vie en main ; et comme on est chez une immense romancière, rien ne se passe comme prévu. Tout est plus retors et complexe qu’on pouvait le prévoir, la frustration amoureuse prend un tournant inattendu et le plus passionné n’est pas forcément celui qu’on croit. La grande force de Gaskell est de faire de son héroïne une jeune fille entière et éprise d’absolu, mais qui se fourvoie, et de montrer que les amoureux gravitant autour d’elle ne réagissent pas du tout comme on aurait pu le soupçonner au départ. Les personnages secondaires sont fouillés, le décor – lande battue par les vents, mer déchaînée et boutiques du village en effervescence le jour du marché – se fait réceptacle des sentiments contrariés des protagonistes. Ballottés par le vent de l’Histoire, ils devront affronter les obstacles qui se mettent sur leur route. On ne dévoilera pas les multiples péripéties qui rythment les six années du roman, mais sachez que vous serez surpris et enthousiasmé au cours des 500 pages qui défilent à toute vitesse, un peu triste aussi, le cœur serré à la fin : abandonner ce superbe trio n’est vraiment pas facile.

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