Littérature étrangère
Nick Tooke
Disgraceland
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Nick Tooke
Disgraceland
Traduit de l'anglais (Canada) par Jean-Marie Jot
Phébus
27/08/2026
288 pages, 23,50 €
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Chronique de
Alexandra Villon
Librairie La Madeleine (Lyon) -
❤ Lu et conseillé par
4 libraire(s)
- Audrey Andriot de Jonas (Paris)
- Alexandra Villon de La Madeleine (Lyon)
- Yassi Nasseri de Kimamori (Porto Vecchio)
- Pierre-Alexis Nail de Petites Histoires entre amis (Chennevières-sur-Marne)
✒ Alexandra Villon
(Librairie La Madeleine, Lyon)
Ancré dans la réalité d’une Amérique contemporaine âpre et malsaine, ce premier roman de Nick Tooke, énigmatique et fantasque, prend la tangente et réenchante un réel asphyxié par une haine généralisée.
Un homme à l’apparence étrange – on dirait un vagabond, un fou – fait son entrée dans le hall d’un grand hôpital psychiatrique canadien, traînant derrière lui une vieille peluche de lapin blanc qui a perdu ses yeux. Il affirme être âgé de 456 ans et avoir été guidé au Canada par le chant d’un rossignol. Voici Will Somersby, le personnage sensationnel qui va nous accompagner tout au long de ce roman et de cette aventure qui débute six semaines auparavant dans le Tennessee, alors que ce dernier, une bouteille de Whiskey à la main, s’apprête à se jeter sous un train. C’est une petite fille revêche d’une dizaine d’années, Tuesday Van Sant, qui va le détourner de ce destin funeste en lui proposant de se rendre avec elle à Memphis, à Graceland, dernière demeure d’Elvis Presley. Ils embarquent avec eux Winfield, un jeune homme désaxé et imitateur du King qui vient de perdre sa mère et se balade avec un os de cette dernière sans savoir qu’en faire. Ce trio en marge de tout se lance alors dans une sorte de pèlerinage insensé à bord d’un side-car bringuebalant à travers l’Amérique violente, puritaine, raciste et misogyne de Trump. Disgraceland est un roman fabuleux, très cinématographique, qui rend leur pouvoir à la fantaisie et à la poésie. Will Somersby, tel un Don Quichotte contemporain et qui rappelle le Fisher King de Terry Gilliam, incarne cette heureuse folie, ce pas de côté, ce recours à la fiction nécessaire pour survivre à une réalité trop brutale. Cette histoire, mélange d’aventure picaresque et de road trip, mâtinée de réalisme magique, est portée par des personnages esquintés par la vie et pourtant truculents et attachants, qui prouvent qu’il est encore possible, grâce à l’imagination, de façonner le monde selon nos rêves, pour surmonter l’inacceptable.