Chronique Le Dernier Atlas de Fabien Vehlmann et Gwen de Bonneval

Alexandra Villon Librairie La Madeleine (Lyon)

Prenez une bande de copains aux idées un peu folles et aux talents variés, rassemblez-les en une fine équipe autour d’un projet de BD commun et laissez mijoter quelques temps. Vous obtiendrez un étonnant et brillant mélange des genres, fruit d’un travail collaboratif d’envergure : Le Dernier Atlas, un régal !

Ismaël Tayeb, français d’origine algérienne, est petit lieutenant dans un gang qui fait des profits à Nantes grâce à des machines à sous trafiquées, veillant tranquillement sur les affaires de celui qui l’emploie. Jusqu’au jour où il intervient pour sauver le très grand patron, le bien nommé « Dieu le père », homme suintant le fric et la perversité. Ce dernier, séduit par la brutalité d’Ismaël, décide de l’utiliser pour accomplir ses sales besognes. Il se rend alors pour la première fois en Algérie, terre de ses parents, où on lui confie la tâche de trouver des matériaux radioactifs pour un acheteur. Ismaël se souvient alors des Atlas, ces géants de métal qui avaient été construits pour bâtir la France de demain sous la présidence du Général de Gaulle, et qui fonctionnaient, justement, grâce à l’énergie nucléaire. Seulement voilà : tous les Atlas ont été volontairement détruits après une catastrophe. Tous sauf un, laissé à l’abandon à Bombay, où Ismaël va se rendre pour tenter de le remettre en marche. Françoise Halfort, ex-reporter de guerre, se souvient bien quant à elle de cette fameuse catastrophe de Batna pour avoir enquêté et écrit un livre sur le sujet. Elle s’intéresse désormais à la radioactivité nucléaire, arpentant les routes d’Algérie. Un jour, un étrange phénomène se produit sous ses yeux, symptomatique d’une nouvelle ère, d’un futur en proie à la dévastation : suite à un tremblement de terre, une gigantesque et invraisemblable silhouette émerge peu à peu d’un tourbillon de sable, laissant le monde entier ahuri et terrifié. Et si le dernier Atlas, ce vestige d’un passé colonial tourmenté, qu’Ismaël va tenter de réveiller, était le dernier recours face à cette menace inconnue, à la manière du Titan Atlas, condamné par l’Olympe à porter le monde sur son dos pour son repentir ? On lit à travers cette uchronie finement construite tout le poids de l’Histoire et les stigmates encore vifs de la guerre d’Algérie. C’est aussi le futur que Le Dernier Atlas interroge, à travers la menace du nucléaire et les monstruosités de la radioactivité. Les auteurs et dessinateurs nous donnent à voir un monde très proche du nôtre, en proie à un marasme technologique qui le dépasse. Les deux prochains tomes seront assurément très attendus, tant ce premier opus a créé la tension nécessaire à l’érection d’un univers, via ses personnages et les multiples facettes de son intrigue qui nous trouble parce qu’il nous concerne. On attend donc la suite avec grande impatience.

 

 

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