Chronique Manifesto de Léonor de Récondo

Valérie Barbe Librairie Au Brouillon de culture (Caen)

Avec son Manifesto, Léonor de Récondo renoue avec la veine autobiographique – déjà source d’inspiration de son premier roman, Rêves oubliés (Sabine Wespieser éditeur et Points), dans lequel elle racontait l’exil familial pendant la guerre d’Espagne – pour évoquer la dernière nuit de son père, Félix, et l’attente de la mort.

Ce nouveau récit, particulièrement intime, raconte une nuit, celle pendant laquelle sa mère, Cécile, et Léonor ont accompagné son père, Félix, vers son dernier souffle. Bien au-delà d’un récit sur ce moment essentiel et unique que peut être la mort du père, ce nouveau livre est à la fois un hommage qui renoue avec la tradition littéraire du « tombeau » et une parole d’amour où l’art tient une place prédominante, un chant qui transcende l’indicible. Grâce à une écriture détaillée, précise, ciselée, il décrit l’instant unique qu’est le passage de la vie à la mort et la douleur de la disparition du père, la défaillance de ce qu’il y a de plus intime en nous. La plume de Léonor suit le même chemin que la main de son père Félix, peintre et sculpteur, pour travailler la matière et construire un récit où l’importance du détail aide à toucher au plus près possible du réel. L’Espagne, une fois de plus, n’est pas loin de cette chambre d’hôpital et de ce huis clos silencieux, puisque Félix, déjà presque passé de l’autre côté, converse sereinement avec un autre grand créateur, Ernesto. Hemingway, bien sûr, l’amoureux de l’Espagne, des choses de la vie, du passé, de l’amour, de l’art, de son enfance basque espagnole. Peu à peu s’invitent les fantômes qui ont jalonné leurs vies. Car la mort a jalonné la vie de Félix : les fantômes familiaux sont nombreux et les douleurs s’ouvrent à nouveau. Cependant, bien plus qu’un récit intime, Manifesto entre dans le roman par la grande porte, celle de la création littéraire : la narration à la première personne, où les « je » se conjuguent, s’entrelacent, sans jamais perdre le lecteur, l’enveloppant au contraire d’une douce beauté. Le « je » de Léonor, celui de Félix, celui d’Ernesto, leurs dialogues, ne nous entraînent pas dans un tourbillon funeste mais, au contraire, ouvrent grand les fenêtres du monde de l’art et de l’amour de la vie, de la création. Comme un héritage sacré, la fille nous livre le passage de mémoire du père, artiste espagnol exilé, et recrée les moments de son enfance et de son art. Au-delà de l’hommage et du livre d’amour, Manifesto est une étreinte entre la vie et la mort, un geste d’amour entre deux corps, une parole de vie qui nous rappelle que, pour mourir libre, il faut vivre libre. Un halo de clarté vers un au-delà littéraire d’une douceur magnifique.

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