Dossier Décomposée de Clémentine Beauvais

Sarah Gastel Librairie Terre des livres (Lyon)

La poésie fait l'actualité ! Tour d’horizon de quelques parutions récentes illustrant la vitalité d’un genre qui, le désir en bandoulière, affiche son goût de l’audace. Et se donne la chance de conquérir de nouveaux lecteurs.

Pour une discipline qui regrette parfois de manquer de visibilité, force est de constater que la poésie a bénéficié ces derniers mois d'une couverture médiatique sans précédent, entre le prix Nobel de Littérature de Louise Glück et la prestation remarquée de la poétesse Amanda Gorman lors de la cérémonie d’investiture de Joe Biden. Plus proches de nous, le succès de la collection « L’iconopop » et l’arrivée d’Alain Mabanckou à la tête de la collection « Points Poésie » bousculent et donnent du relief à un paysage qui peut parfois manquer de « points d'accroche » pour le grand public.

 

Oser l’inconnu

Le prix Nobel de littérature de la poétesse américaine Louise Glück résume tout le paradoxe de la poésie : d’un côté, une consécration internationale, de l’autre, une autrice non traduite en France jusqu’alors. Tandis qu’un romancier nobélisé suscitera une curiosité immédiate chez les lecteurs, un poète nobélisé intimidera volontiers. Pourtant, qui ouvre le recueil Nuit de foi et de vertu se trouve immédiatement immergé dans une langue fluide, dont les mots d’une grande simplicité évoquent les épreuves du quotidien de tout un chacun. Poétesse réaliste de « la vie dans le temps », Louise Glück mêle les âges de l’existence, de l’enfance à « cette période de la vie que les gens préfèrent évoquer à propos des autres ». Ses poèmes interrogent la mémoire et notre finitude. Les sujets sont graves, l’humour subtil fait respirer l’écriture. Paru aux États-Unis en 2014, le dernier recueil de Louise Glück est une invitation à découvrir une œuvre majeure qui séduira par sa grâce et sa profondeur, à mille lieux des errances élitistes d’une poésie qui a parfois dissuadé les lecteurs les plus avertis.

 

S’affranchir des codes

La saison 2 de la collection « L’iconopop » confirme la mise en avant de textes libres et variés « à lire, à dire, à écouter, à vivre sur scène », comme un appel à renouveler les façons de s’emparer de la poésie et de la vivre. Ce laboratoire pop et audacieux accueille Akhenaton, dont le recueil La Faim de leur monde a tout du manifeste social : plume orageuse, punchlines en rafale, mais aussi maturité d’une colère engagée il y a plus de trente ans avec IAM. Clémentine Beauvais et Pauline Delabroy-Allard explorent également leur chemin de traverse. Avec Intérieur-décomposée, la première revisite l’un des poèmes les plus célèbres de Baudelaire, dans une ingénieuse et jubilatoire réécriture féministe : « une charogne » s’adresse à la muse du poète, Jeanne Duval. Irrésistible !  La seconde nous invite dans sa Maison-tanière, mélange de poèmes, de photographies et de musicalité. À travers ce bel autoportrait cadencé, récit des hautes solitudes, l’autrice compose un refuge chaleureux où s’alléger de nos vulnérabilités.

 

Ouvrir les frontières

Inlassable défenseur d’une littérature monde et nouveau directeur de la collection Points Poésie, Alain Mabanckou s’engage à abriter « des voix venues des quatre coins du monde » et publie deux premiers recueils inédits aux écritures travaillées par l’ailleurs. Héritier d’un « peuple migrateur orateur », le slameur franco-sénégalais Souleymane Diamanka se dit « habitant de nulle part, originaire de partout ». Dans ce recueil lumineux aux sonorités claquantes, l’auteur célèbre ses origines peules, la connaissance de l’Autre, l’amour et la parole poétique : « Nul n'est poète en son pays et pourtant / J'ai vu ceux qui suent et ceux qui saignent / Devenir ceux qui sèment les mots qui soignent ». Dans l’anthologie Ces îles de plein sel, l’écrivain haïtien Louis-Philippe Dalembert nous emporte dans un pays de cyclones et de légendes, dans son « je île d’infortune », « caraïbe écartelée ma femme en mal d’enfant », où les cicatrices de l’Histoire, le passage de l’enfance à l’âge adulte, accompagnent l’exil. Une poésie lyrique et nostalgique qui fait la part belle au vertige de la perte.

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