Bande dessinée
Enora Boutle
Là où danse le vent
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Enora Boutle
Là où danse le vent
Glénat
13/05/2026
144 pages, 20 €
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Chronique de
Raphaël Rouillé
Bibliothèque/Médiathèque de Saint-Christol-lez-Alès (Saint-Christol-lez-Alès) - ❤ Lu et conseillé par 13 libraire(s)
✒ Raphaël Rouillé
(Bibliothèque/Médiathèque de Saint-Christol-lez-Alès, Saint-Christol-lez-Alès)
Au cœur des Landes bretonnes, là où l’océan et le vent bercent les âmes, Enora Boutle nous raconte une histoire touchante, celle d’un lien extrêmement puissant entre une petite fille et son grand-père, portés par un amour pudique et sincère. Un album qui agit comme un véritable tourbillon émotionnel !
Dès les premières planches nous découvrons la maison familiale, dressée au-dessus de l’océan, quelques vagues qui se déchaînent, deux oiseaux en plein vol et les mains de papi avec ces mots simples « Tiens-la bien ». Regard profond du vieil homme sur la jeune enfant, encore bébé. Lui, l’homme du vent, s’apprête à prendre Yaëlle dans ses bras, l’enfant de la mer, celle qui chérira toute sa vie un diamant de vagues en guise de porte-bonheur. Un oiseau se pose sur la mer, l’air et l’eau sont alignés : l’histoire peut commencer et nous savons déjà que les deux être se tiendront bien, l’un et l’autre, tout au long de leur existence. Ils se tiendront comme on tient un trésor. Ils se tiendront pour résister aux vagues dévastatrices et aux vents violents qui blessent. Ils se tiendront parce qu’ils se comprennent, s’estiment, se ressemblent et s’aiment profondément.
Yaëlle grandit entre des parents qui se déchirent et un grand-père taciturne, marqué par la solitude. Elle trouve refuge dans l’océan qui lui parle et l’écoute. Lorsqu’elle se perd au milieu d’une foule et qu’elle sent la solitude montée en elle, c’est son papi qui la retrouve, comme si tous deux étaient reliés par un fil invisible, toujours au contact, prêts à se retrouver. Tandis que les parents de Yaëlle se disputent sans cesse, accaparés par leur quotidien, incapables d’écouter et de dialoguer, le vieil homme, lui, est fait de sensations. Proche de la nature sauvage de ses Landes bretonnes, il écoute, ressent, se souvient, perçoit et tisse une relation privilégiée avec sa petite fille qui ne l’oubliera pas. L’enfant grandit, l’album nous fait suivre son évolution et les parents divorcent, irrémédiablement. Yaëlle porte en elle de la colère que le royaume du vent, le fief de son grand-père, lui permettra d’extérioriser « il emportera tes maux, les transportera au gré des courants et te soulagera de leur poids ».
Grâce à son dessin envoûtant, ses gros plans réussis et ses traits dynamiques, Enora Boutle exprime les émotions qui en disent long et tout cet héritage invisible transmis par Samuel, le grand-père. Elle met aussi l’accent sur ce qui construit un enfant, dans la difficulté comme dans l’amour, avec les angoisses qui tourmentent et la force qui perce. Ses passages oniriques évoquant les souvenirs ou les peurs des personnages sont des parenthèses émouvantes et éclairantes dans le récit. Jetez-vous sans hésiter sur cet album intergénérationnel, tendre et juste, fait d’amour, de beaucoup d’amour.