Bande dessinée

Hemingway : la force de vivre

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✒ Raphaël Rouillé

(Bibliothèque/Médiathèque de Saint-Christol-lez-Alès Saint-Christol-lez-Alès)

Deux somptueux albums rendent compte, à leur manière, de l’importance de vivre pleinement, de rencontrer et d’expérimenter pour l’écrivain et journaliste américain, prix Nobel de littérature, disparu en 1961, dont la vie intense a nourri l’imaginaire et l’écriture. Deux lectures indispensables !

Avec malice, Philippe Charlot et Laurent Zimny ont imaginé Ernest Hemingway sur son yacht, dans les années 1930, à Key West, croisant une jeune fille en difficulté. De cette rencontre réelle ou rêvée, ils ont créé un album qui nous plonge immédiatement en Floride, dans la vie de l’écrivain, entre humour et tendresse. Hemingway, La jeune fille et la mer est un hommage inspiré à celui qui s’enrichissait de ses expériences pour écrire, comme un moteur vibrant de toutes parts, canalisé ensuite par une écriture dépouillée, sans ornements. L’album débute par des notes de My Blue Heaven (1927), un coucher de soleil sur l’île de l’archipel des Keys puis quelques gros plans sur la machine à écrire d’Hemingway, en panne d’inspiration, bouteille de rhum et chat juchés sur le bureau. Nous sommes en 1933, à la toute fin de la prohibition, non loin de Cuba. Après une soirée alcoolisée, « papa », comme le surnomme tout le monde, monte sur son bateau et y découvre une jeune clandestine qui va changer son quotidien et irriguer son imaginaire. Drôle et poétique, musical et esthétique, l’album nous plonge dans une ambiance unique et rythmée, au plus près de l’écrivain.

Plus onirique et pourtant au cœur d’un épisode bien réel, en pleine guerre civile espagnole, Pour qui sonne le glas est une adaptation dessinée du roman publié en 1940 et racontant la mission cruciale d’un jeune professeur américain, Robert Jordan, envoyé en Castille pour faire sauter un pont avant l’offensive républicaine. Tandis que le roman était fortement inspiré du vécu de journaliste d’Hemingway de cette période, le roman graphique conserve l’ambiance particulière du récit. Mais les auteurs y amènent toute leur personnalité et leur univers : couleurs vives avec une dominante de tons orangés qui éclairent chaque case, personnages surdimensionnés, tout en arrondis, qui semblent complètement poreux à ce qui les entoure, composition originale qui en dit long. Une vraie réussite. La force du dessin est aussi de nous faire entrer dans la tête des personnages. Les corps qui se déplacent mêlent solitude et bravoure, contradictions et courage. Fidèle à l’œuvre originale, l’album est tout aussi cruel que fascinant et les personnages hauts en couleur. Entre guerre et histoire d’amour, le destin de Robert Jordan se construit avec force et sentiments. Dans une nature sublimée par la montagne, c’est tout un paysage intérieur qui jaillit, avec ses doutes et ses espoirs.

À savoir avant de continuer la lecture ...

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