Chronique Culture ou mise en condition ? de Hans Magnus Enzensberger

Par Raphaël Rouillé, Librairie Sauramps-en-Cévennes, Alès 


Écrits en 1965, ces textes de l’essayiste Hans Magnus Enzensberger s’inscrivent dans la lignée de la première École de Francfort. Ils frappent par leur avant-gardisme et se révèlent d’une étonnante actualité, loin des poncifs habituels.



En décrivant, parfois avec humour, souvent avec génie, la culture considérée comme un bien de consommation, le poète et écrivain allemand fustige l’industrie du façonnement des esprits. La rapidité de son développement et « son accession au rang d’instance-clé de la société moderne transforment son rôle social et intellectuel », explique-t-il.
Décryptant le langage du célèbre hebdomadaire allemand Der Spiegel, Enzensberger en conclut que le journal obscurcit ce dont il parle, qu’il n’est pas un magazine d’information comme il prétend l’être, qu’il ne pratique pas la critique mais qu’il en est un succédané, et que le lecteur n’est pas orienté mais désorienté. Son analyse des actualités filmées ou des organisations touristiques insiste sur l’endoctrinement et ses différentes formes, de plus en plus dangereuses car plus souterraines. À propos du tourisme, il montre que « nous avons pris l’habitude d’admettre une liberté qui n’est qu’une imposture, où sont entraînées les masses et à laquelle nous nous confions, tout en la perçant à jour secrètement. » La partie concernant le livre de poche est particulièrement acide. En analysant la production du livre de poche, il démantèle cet objet de « tentation » destiné « au passant, à l’homme qui a peu de patience, peu de caractère et peu de curiosité ». « C’est le lecteur qui ne cherche pas et doit néanmoins trouver ; qui ne sait pas ce qu’il veut, et voudrait néanmoins choisir ; qui a peu de temps et cherche néanmoins le moyen de le passer », ajoute-t-il. Aussi critique vis-à-vis des lecteurs que des stratégies commerciales mises en place par les éditeurs autour du livre de poche, Enzensberger note un changement de cap de la part de l’industrie du livre, surtout favorable à la culture de masse et à ce titre de plus en plus tentée par une sorte de littérature jetable. Face à cette évolution, le libraire semble s’être retiré, remplacé par les fameux tourniquets ou les linéaires uniformisés. Refermant son ouvrage sur les rapports entre poésie et politique, Enzensberger propose aussi des antidotes à nos « maladies culturelles », comme un pont, finalement bien bancal, entre présent et avenir.


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