Chronique Mars aller-retour de Pierre Wazem

Par Raphaël Rouillé Librairie Sauramps-en-Cévennes (Alès)

Après avoir collaboré avec Peeters, Tirabosco ou Penel en tant que dessinateur ou scénariste, Pierre Wazem, connu notamment pour avoir signé la suite des Scorpions du désert d’Hugo Pratt, revient avec un album plus personnel où il exprime, avec humour et dérision, le difficile chemin de la création.

Tout commence par un accident, ou plutôt un dérapage (jusque-là contrôlé). Au volant de sa voiture, notre (anti-)héros se retourne, distrait par ses deux enfants assis sur la banquette arrière, puis freine brusquement, glissant sur la route. La faute à un hérisson qui traversait, vêtu d’un drôle de dossard numéro seize. « Rien de grave ! On a juste dérapé ! », explique le père à ses enfants inquiets. Cet événement anodin et pourtant étrange (un hérisson avec un dossard) marque le début d’une parenthèse dans le récit, une ouverture au cœur de l’univers tourmenté de Pierre Wazem. Coincé entre les problèmes d’argent, de couple, d’alcool, l’auteur est en panne d’inspiration, entre mélancolie et déprime, entre solitude et égarement. Non sans humour, ce récit largement autobiographique aborde les difficultés que peut rencontrer un auteur pour retrouver le chemin de la création, lorsqu’il est enseveli par le poids du quotidien et par celui des dures réalités. Son échappatoire, il va la trouver dans une vieille maison abandonnée, délabrée, au cœur de la forêt. Entre angoisses et hallucinations, il décide de reprendre une vieille idée que lui rappelle son entourage : « Mars aller-retour ». Un projet que ce passionné d’astronomie avait laissé s’évanouir et qu’il ranime peu à peu. Il nous conduit alors sur sa planète avec l’espoir de revenir… mais sans en avoir la certitude. Attiré par un trou sur le plancher qui excite son imagination, il construit une table à dessin avec quatre planches et s’engouffre dans cet ailleurs, là où il écoute « le bruit du monde », le bruit de la terre. « Promettez-moi que chaque fois que vous verrez un miracle, vous foncerez dedans ! », demande-t-il à ses enfants. Sur cette planète Mars, Wazem rencontre son père, auquel il n’avait probablement pas tout dit. Cette rencontre n’est pas sans rappeler Le Combat ordinaire de Manu Larcenet, car elle aborde le thème de la filiation, de la transmission, de l’héritage social et culturel avec une grande sensibilité. Cette maison sombre et retirée dans laquelle il fait face à ses peurs et ses tourments rappelle, quant à elle, celle des ombres antiques de la caverne de Platon où il est difficile de discerner le vrai du faux. Si bien que le récit prend souvent une tournure philosophique. Sous une apparence légère alimentée par une forte dose d’autodérision, Wazem fait souvent glisser son récit comme un skieur qui dérape. Mais il est surtout un excellent raconteur d’histoires et ses nombreux dérapages sont autant de virages dans lesquels l’imaginaire du lecteur peut s’immiscer.

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