Bande dessinée
Aimée de Jongh
Samir
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Aimée de Jongh
Samir
Dargaud
09/10/2026
176 pages, 23 €
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Chronique de
Juliet Romeo
Librairie La Madeleine (Lyon) - ❤ Lu et conseillé par 15 libraire(s)
✒ Juliet Romeo
(Librairie La Madeleine, Lyon)
Aimée de Jongh nous propose pour sa nouvelle bande dessinée une plongée dans un camp de réfugiés sur l’île de Lesbos afin de partager le quotidien de Samir et sa famille. Une œuvre de fiction tissée avec les témoignages qu’elle a pu recueillir lors de ses reportages dans ces camps très difficiles d’accès.
Commençons par la fin et les notes qu’Aimée de Jongh laisse aux lecteurs. Elle raconte qu’elle a pu, à trois reprises, pénétrer dans un camp de réfugiés sur l’île de Lesbos. La première fois pour faire une bade dessinée reportage pour un magazine. Puis deux nouvelles fois pour mener une étude plus approfondie et faire d’autres dessins. Elle a ainsi rencontré beaucoup de réfugiés et écouté beaucoup d’histoires et de parcours. Si Samir est une œuvre de fiction, chaque page contient la vie des réfugiés qu’elle a rencontrés. C’est ainsi qu’elle a créé le personnage de Samir, jeune réfugié syrien, souffrant d’une maladie du cœur, qui ne se sépare jamais d’un bidon d’eau. C’est à travers les yeux de ce petit garçon que nous découvrons la vie d’un camp de réfugiés mais aussi l’histoire de sa famille, de leur migration et de son frère disparu. Lui et ses parents attendent d’obtenir des titres de séjour, comme tous les autres réfugiés. Cette attente se révèle presque interminable puisqu’il faut à chaque fois raconter son histoire, séparément. Une histoire que les services administratifs comparent, dans les moindres détails, pour être sûrs qu’elle n’a pas été inventée. Au plus infime doute, pas de papiers. Dans cette attente règne une solidarité, relative parfois, mais également des conditions de (sur)vie déplorables : vivre à plusieurs familles qui ne parlent parfois pas la même langue, dans des cabanes en tôle ; faire la queue pour la nourriture, l’eau ; subir la violence des autres ; vivre avec ses traumatismes, ses déchirements et ses deuils. Aimée de Jongh met en lumière cette réalité et notre cécité, nos arrangements avec la réalité pour oublier qu’aux portes de l’Europe, nous continuons à maltraiter des personnes qui ont fui la violence de leur pays. À l’heure où l’Europe bascule petit à petit dans le totalitarisme et des politiques de plus en plus identitaires et sécuritaires, il est important de se rappeler que, en dehors de nos frontières, les guerres et les répressions violentes sévissent, que des êtres humains cherchent désespérément, non pas à venir envahir nos rues, mais à survivre. Personne ne prend un canot sans gilet de sauvetage en pleine nuit juste pour changer de pays. Derrière chaque réfugié, chaque migrant, il y a une histoire terrible qui doit être entendue et prise en compte. Samir et sa famille, même s’ils n’existent pas, sont là pour nous le rappeler. Espérons que le message d’Aimée de Jongh soit entendu.