Chronique La Force des femmes de Denis Mukwege

Juliet Romeo Librairie La Madeleine (Lyon)

Denis Mukwege est connu sous le nom « l’homme qui réparait les femmes ». Aujourd’hui, dans La Force des femmes, le médecin congolais revient sur son parcours, son quotidien auprès des femmes, son engagement féministe. Une autobiographie en forme de cri d’alerte sur les violences faites aux femmes.

Denis Mukwege est un féministe militant. À la question posée par une responsable de l’ONU, « Pourquoi est-ce vous qui venez parler des droits des femmes plutôt que des Congolaises ? », il répond que son rôle a toujours été de faire entendre la voix de celles dont la marginalisation les empêche de raconter leur histoire. Et ce sont ces voix qui s’entendent dans son récit La Force des femmes. Depuis 1989, Denis Mukwege soigne les femmes victimes de violences aux conséquences gynécologiques, au Congo. Il est spécialisé dans la réparation des fistules (je vous laisserai le soin de rechercher ce que ce terme médical signifie si vous ne le connaissez pas), il dénonce depuis des dizaines d’années la pratique du viol collectif comme arme de guerre dans son pays (mais aussi dans d’autres pays ainsi qu’au cours de l’Histoire), il a reçu en 2018 le Prix Nobel de la Paix, il a subi plusieurs tentatives d’assassinat, il a quitté le Congo pour mieux y revenir et il vit aujourd’hui sous protection dans son hôpital. Résumer en quelques mots le parcours de cet homme est impossible. Et ce n’est pas ce qu’il souhaite. En nous entraînant dans sa vie et dans son histoire, il nous entraîne dans l’Histoire du Congo mais aussi et surtout dans l’histoire des femmes. Des femmes qu’il soigne, des femmes qu’il voit mourir, des femmes qu’il réussit à guérir physiquement. Il nous invite à écouter avec lui les récits, les témoignages de toutes ces femmes, à rester à côté de lui, dans les salles d’opérations, aux chevets des patientes, mais aussi lors de ses voyages, à la rencontre des halmoni, les « femmes de réconfort » en Corée du Sud, en Irak dans la communauté des Yézidis qui subit le viol de masse de Daesh ou bien lors de ses interventions à l’ONU ou au G7 où il plaide régulièrement la cause des femmes. Il nous force à accompagner ses réflexions sur le mouvement #metoo, sur la masculinité et la place des hommes, sur l’immobilisme de la communauté internationale face aux violences sexuelles perpétrées sur les femmes. Faire ce chemin avec Denis Mukwege est éprouvant et nécessaire. Il est une des voix qui alerte et qui nous alerte sur l’état du monde. Il est de notre devoir de l’entendre, de faire passer son témoignage et de continuer à réclamer des actions internationales pour les femmes à travers le monde. Car, comme il conclut si bien son récit, « si vous êtes en position de pouvoir et d’influence, vous pouvez aider. Si vous ne travaillez pas à une solution, vous faites partie du problème ».

 

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