Dossier Petit manuel musical du football de Pierre-Étienne Minonzio

Arnaud Bresson Librairie Sauramps (Montpellier)

Exemple type du sport business pour les uns, formidable instrument d’intégration et LE jeu par excellence pour les autres, le football est un sport universel qui déchaîne les passions au point que, comme le disait Bill Shankly, emblématique entraîneur du grand Liverpool, « le football n’est pas une question de vie ou de mort, c’est bien plus important que cela ».

Sport planétaire s’il en est, le football est aujourd’hui omniprésent. Inventé en Grande-Bretagne à la fin du xixe siècle, cette discipline, comme c’était le cas pour la plupart des sports à cette époque, était pratiquée à l’origine par l’élite aristocratique. Nécessitant peu de moyens matériels, le foot a cependant très rapidement dépassé les barrières sociales de l’époque pour devenir l’activité la plus pratiquée par la classe populaire et prolétaire. Il devint alors le sport pour le peuple, par le peuple. S’ancra ainsi dans les esprits des amateurs la philosophie selon laquelle la qualité du jeu était primordiale et que la victoire ne pouvait s’obtenir que grâce à un jeu agréable à regarder et une tactique résolument tournée vers l’offensive. Nous retrouvons cette philosophie basée sur le jeu pour le jeu dans les différents ouvrages présentés ici. Jean-Claude Michéa, le philosophe qui suscite la polémique, notamment depuis la sortie de son précédent ouvrage, Les Mystères de la gauche (« Champs » Flammarion), nous offre aujourd’hui un ouvrage sur une de ses passions, à savoir le football. Le Plus Beau But est une passe compile plusieurs de ses écrits sur le sujet. Le plus important est la réédition de son ouvrage Les Intellectuels, le peuple et le ballon rond (Climats), écrit en 1998, qui est une véritable déclaration d’amour à ce qui reste (et restera) un des plus beaux ouvrages sur ce sport, Le Football, ombre et lumière d’Eduardo Galeano (Climats). Toutefois, cette déclaration n’est pas un opus béat d’admiration. Jean-Claude Michéa en profite pour rappeler à cette occasion l’aspect populaire de ce sport et prédit les dérives actuelles du football moderne, notamment dans le circuit professionnel. Il avance, en prolongement de sa pensée orwellienne, que le capitalisme a récupéré ce sport pour le détourner de ses valeurs populaires originelles : jeu offensif, générosité, bienveillance, la fameuse common decency, chère à l’écrivain anglais. Michéa met en lumière la façon selon laquelle le football a basculé d’une éthique idéaliste de jeu offensif à une vision « réaliste », sous-entendu capitaliste, qui insiste sur l’aspect défensif du sport et l’absence de toute créativité. Cette démonstration est étayée dans l’ouvrage par des textes complémentaires, et en premier lieu un entretien avec Faouzi Mahjoub, journaliste au Miroir du football, de 2010. Un deuxième ajout est une conférence donnée en 2013 à l’Académie de Montpellier sur le thème : « Y a-t-il une philosophie du football ? » Le dernier texte est d’une autre nature, plus locale, puisque l’auteur montpelliérain y formule un appel à sauver un stade de quartier menacé par les projets immobiliers de la ville. En aparté, cet appel résonne d’un son particulier à mes oreilles puisque j’ai connu dans ce stade, avec mes coéquipiers de l’équipe de la librairie dans laquelle j’officie, la seule et unique victoire d’une saison footbalistique par ailleurs catastrophique, autant en résultats qu’en jeu produit… – et on apprend ce jour même que le promoteur immobilier a été débouté et que le stade est sauvé ! En écho à cette déclaration d’amour, l’ouvrage illustré qui présente l’association Tatane. Ce mouvement est défini par les fondateurs comme « collectif et populaire pour un football durable et joyeux ». À l’instar de Jean-Claude Michéa, Vikash Dhorasoo, ancien international, Brieux Férot, journaliste à So Foot et Pierre Walfisz ont constaté l’appauvrissement du jeu et du plaisir qui en découle et ont décidé de faire partager leur vision à d’autres. Cet ouvrage présente ainsi cinquante règles fantaisistes illustrées par Pénélope Bagieu, Charles Berberian, Bouzard et Jul, que chacun, dans son club de quartier ou le dimanche matin lors de matchs improvisés, a la possibilité d’appliquer comme bon lui semble. Il suffit de prendre une règle et une seule, de l’expliquer aux deux équipes et, ainsi, de marquer des buts autrement. Voici quelques exemples pour illustrer le propos : la règle Juan Sebastian Veron se caractérise par l’interdiction absolue de courir. Tout le match est joué en marchant, à l’ancienne. La Gilbert Montagné : la moitié de chaque équipe joue les yeux bandés, guidée par ses coéquipiers et le public. Et la Greg Wimbée : un but du gardien vaut but en or et victoire, le reste du match est consacré à la célébration du héros. De belles parties en perspective ! Le jeu est également au cœur des ouvrages de Jean-Pierre Naugrette et Olivier Guez. Dans Pelé, Kopa, Banks et les autres…, J.-P. Naugrette retrace les grandes rencontres qu’il a suivies durant sa jeunesse, dans ces années où le jeu prévalait. Il parle des grands joueurs qui ont contribué à écrire la légende et les actions qui sont entrées dans l’histoire de ce sport. O. Guez, pour sa part, dans Éloge de l’esquive, évoque le pays emblématique du foot, le Brésil, organisateur de la coupe du monde 2014, et de la Seleçao, sa sélection nationale, mythique, quels que soient les joueurs qui la composent, même si certaines équipes sont entrées dans la légende, comme celle victorieuse de la coupe du monde 1970 ou celle, peut-être la plus belle, défaite en 1982 par le fameux réalisme italien (ce qui nous renvoie aux écrits de Michéa). Il met en avant tout le talent de ces artistes brésiliens, à la fois individuels dans leur capacité à éliminer les adversaires par le dribble, et collectifs dans l’art de la passe, qu’ils n’ont pas inventé mais sublimé, notamment durant la période 1958-1970. Dans le registre de la BD, François Bégaudeau réunit deux de ses passions que sont la musique et le football pour nous émouvoir avec son ouvrage Petite frappe, illustré par Grégory Mardon. On y suit (avec une pointe d’envie ?) une tranche de vie charnière de la jeunesse de Jonathan, hyperdoué du football de 14 ans, en guerre ouverte avec l’autorité, qui découvre la musique et plus particulièrement le rock. Le ton est juste et le récit touchant. C’est également les souvenirs marquants de la jeunesse qui animent le roman de Vincent Duluc. Journaliste football à L’Équipe, il dépasse le cap du journalisme pour évoquer par la fiction SON Georges Best, footballeur mythique de la Grande-Bretagne des années pop. Celui qu’on a surnommé le cinquième Beatles, car ce fut la première rock star du football, avec le cocktail bien connu, sex, drugs and rock’n’roll, qui a fait de ce joueur génial une étoile filante car il a pris sa retraite à 27 ans. Pour illustrer ses excès, l’homme disait : « En 1969, j’ai arrêté les femmes et l’alcool. Ca a été les 20 minutes les plus horribles de ma vie. » Ce footballeur de génie, avec sa vie tumultueuse, occupe forcément une place prépondérante dans l’ouvrage de Pierre-Etienne Minonzio, Petit Manuel musical du football. Dans cet opus, comme l’indique explicitement le titre, l’auteur, journaliste à L’Équipe, aux Inrockuptibles et So Foot, recense sous forme de dictionnaire l’histoire mêlée de ces deux disciplines, pour le meilleur mais aussi souvent pour le pire (je voudrais pour exemple rappeler aux amateurs du Top 50 le fameux Jean-Pierre François et son « Je te survivrai », resté (ou pas…) dans les mémoires). Il était donc indispensable, en cette période de coupe du monde, pour tout mélomane et amateur de football, de mettre à jour ses connaissances ou d’apprendre par exemple qu’Enzo Scifo, sûrement le meilleur n°10 de l’histoire du football belge, avait commis un single (on disait 45 tours à l’époque) intitulé Gagné d’avance. On y constate de façon plus sérieuse que la pop anglaise, tout particulièrement, est liée de façon quasi maritale au football. Des Smiths à Pete Doherty, tous les plus grands ont évoqué dans leurs chansons leur amour de ce sport. Alors, après avoir parcouru ces différents et riches ouvrages, enfilez votre short, chaussez vos chaussures et allez jouer !

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