Chronique Un Printemps à Tchernobyl de Emmanuel Lepage

Par Arnaud Bresson Librairie Sauramps (Montpellier)

Emmanuel Lepage nous offre un très beau cadeau de Noël avec le récit en bande dessinée de son voyage dans cette ville, devenue le symbole tristement célèbre des errements du nucléaire des années 1980 –même s’il peut paraître surprenant d’associer Noël à ce désastre.

Emmanuel Lepage, comme en témoigne son œuvre, a toujours été attiré par les voyages. Que ce soit par le biais de la fiction, avec les magnifiques La Terre sans mal (paru chez Dupuis, sur un scénario d’Anne Sibran) et Muchacho (Dupuis), ou dans le récit de voyage avec Voyages aux îles de la Désolation (Futuropolis) et, aujourd’hui, Un printemps à Tchernobyl, il sait capter et faire partager la beauté des sites visités. Mais la richesse de ses récits, notamment dans l’ouvrage qui nous intéresse, réside avant tout dans la force de l’aventure personnelle et collective. Pour toutes les personnes en âge de s’en souvenir, la nouvelle de la catastrophe de Tchernobyl est restée gravée dans les mémoires. On a encore à l’esprit la réaction de stupéfaction à l’annonce de l’accident, puis la désolation et l’horreur suscitées par les dégâts causés et, enfin, l’écœurement éprouvé face à l’information absurde donnée par les autorités de l’époque, à la fois en URSS et en France. Dans Un printemps à Tchernobyl, Emmanuel Lepage raconte comment il prend part à une résidence d’artistes organisée par une association française au cœur de la ville sinistrée, à deux pas de la centrale interdite, vingt-cinq ans après la catastrophe. Il part avec pour seules connaissances des événements les informations distillées par les médias de l’époque. Ce regard d’artiste tendrement candide touche immédiatement par sa sincérité. Sincérité de l’appréhension liée aux risques encourus dans une zone encore fortement radioactive, sincérité également dans l’émotion des rencontres avec les habitants d’un endroit à la fois mort et profondément vivant. Car, comme l’auteur le découvre et le ressent au fil de son séjour, on vit pleinement à Tchernobyl. On vit simplement, mais on se sent merveilleusement et réellement existant. Le paradoxe de cette vie émergeant d’un lieu de mort se reflète à la fois dans le titre, la couverture et la composition de la bande dessinée. Emmanuel Lepage parsème son ouvrage, composé principalement de nuances de gris et marron, de cases lumineuses et colorées qui illustrent à merveille le sentiment de vitalité qu’il ressent à partager le quotidien des habitants de cette ville aux allures de cité fantôme. Leur volonté farouche d’habiter leur terre natale naturellement, modestement, nous incite, comme l’auteur, à puiser de l’espoir au milieu d’un paysage de désolation.

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