Chronique Il était une fois Peau d’âne de Emmanuel Pierrat, Rosalie Varda-Demy

Arnaud Bresson Librairie Sauramps (Montpellier)

Peau d’âne, film féerique s’il en est, nous est magnifiquement raconté dans un objet qui rappelle de façon fascinante la beauté esthétique du chef-d’œuvre de Jacques Demy.

À la fin des années 1960, Jacques Demy s’installe en Californie afin de tourner une comédie musicale pour le studio de la Columbia. C’est, à l’époque, un cinéaste reconnu, à la fois par le public et la critique, qui sort du succès des Demoiselles de Rochefort et souhaite travailler dans un pays qui le fait rêver depuis l’enfance. Malheureusement, le film tourné à Los Angeles, Model shop, est un échec. Cependant, pendant cette période américaine, le réalisateur élabore un nouveau projet tiré d’un conte de Perrault, Peau d’âne. Ce film mettra ainsi en évidence tout le talent, le génie d’un artiste, véritable éponge des tendances de son époque et qui attire comme un aimant les artistes remarquables de son temps. Le film, comme le conte dont il découle, aura cette double lecture, à la fois conte pour enfants, avec sa magie, ses rois, ses reines, la belle princesse et le charmant prince, mais également une lecture plus adulte, avec une relation père-fille très ambiguë ou une fée pas forcément animée des meilleures intentions. Dans ce film se retrouvent toutes les influences du Demy de cette époque. Bien évidemment, l’hommage au Cocteau de La Belle et la Bête reste dans toutes les têtes. Mais le cinéaste nantais s’inspire également des artistes qui émergent et qui croisent son chemin, Niki de Saint Phalle, Jim Leon, artiste pop art qui fera les décors du film, ou encore Yves Klein. Il demande à son « frère » Michel Legrand, comme pour ses autres films, de composer la musique et les chansons. Il semble également que le mouvement hippie et la propension de ses adeptes à l’usage de substances illicites aient marqué Jacques Demy lors de la conception du film. De toutes ces influences diverses résulte un chef-d’œuvre atypique, à la fois classique et moderne, comédie musicale, conte pour enfants, rêverie sur pellicule… C’est l’histoire de ce long métrage que nous racontent Rosalie Varda-Demy, fille de…, et Emmanuel Pierrat. Cet ouvrage, qui porte tout à fait légitimement son appellation de beau livre, présente l’histoire du film et son tournage racontés par celle qui fut aussi figurante sur le plateau. Mais il est bien plus que cela : il est l’écrin magnifique d’un bijou de cinéma. C’est une véritable réussite, également en tant qu’œuvre, qui distille le conte originel de Perrault tout au long du livre comme un fil rouge, dans un format et un papier différent du livre lui-même. Nous sommes, nous lecteurs, plongés en plein cœur de Peau d’âne grâce à ce parti pris d’élégance et de raffinement qui colle parfaitement à l’univers du cinéaste. C’est une belle réussite, un ouvrage à lire d’une traite, et à picorer à nouveau au gré de ses envies.

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