Chronique L’Ombre de nos nuits de Gaëlle Josse

Murielle Gobert-Bacha Librairie Passerelles (Vienne)

Que se trame-t-il à l’ombre de nos nuits, dans le crépuscule de notre intimité, lorsque nous ressentons l’impératif désir de vivre, dans l’amour ou la création ? Beaucoup de notre condition humaine se joue ici sans doute, et Gaëlle Josse la restitue dans une peinture contrastée, oscillant comme une flamme fragile entre les zones si proches de la passion et de l’art.

1639, en Lorraine. Dans son atelier, Georges de La Tour mélange ses pigments et choisit les modèles de sa prochaine œuvre parmi ses proches. Devant la toile vierge, le peintre s’apprête à composer son œuvre. Dehors, la guerre de Trente ans plonge la France dans l’effroi et la violence. Aujourd’hui, dans la salle d’un musée rouennais, une femme regarde le tableau « Saint Sébastien soigné par Irène » et, devant la grâce émanant de la scène, elle trouve des mots inattendus pour revisiter sa propre histoire et les adresser à l’homme qu’elle a aimé autrefois. Entre cette femme seule, retournant a son passé, et le chef-d’œuvre, un dialogue semble se nouer qui mêle aux souvenirs l’écho d’une autre voix, celle de l’artiste du xviie siècle face au vertige et à la volupté de la création. Les deux époques s’entrelacent et se croisent, et l’écriture de Gaëlle Josse joue avec les ombres pour nous plonger au fond des âmes. Celle du peintre, seul au milieu des siens, aimant mais inaccessible, obsédé par les scènes qui lui apparaissent en songe, cherchant l’incessant contact avec la toile comme une « éternelle initiation. Comme on approche un corps qui s’offre pour la première fois ». Et celle de cette femme en proie à un désir infini pour un homme qui lui échappe et qu’elle tente de guérir de lui-même, au risque de se perdre. Les scènes se jouent en clair-obscur, et la peinture de Georges de La Tour renvoie parfaitement la lumière flamboyante et profonde de l’intimité que sait si bien dépeindre Gaëlle Josse. Elle nous emmène au cœur des personnages et des choix qu’ils font, aliénés par un désir qui les consume ou menés par la mystérieuse pulsion créative. Et finalement quelque chose semble toujours se dérober, qu’ils n’arrivent pas à saisir. En filigrane de ce très beau texte, se dessine le visage d’Irène à la lueur d’une bougie, soignant la blessure de saint Sébastien, concentrée dans un geste qui semble finalement poser le don de soi et l’abandon comme une réponse possible aux tourments des êtres.

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