Chronique La Resquilleuse de Mary Wesley

MALIVER-PERRIN SANDRINE, Librairie SAURAMPS, Montpellier

En 2008, les éditions Héloïse d’Ormesson annonçaient leur intention de republier les romans de la britannique Mary Wesley (1912-2002), injustement relégués aux oubliettes. Voici donc Matilda, l’incroyable héroïne de La Resquilleuse, une délicieuse et excentrique vieille dame aussi impertinente qu’attachante.

Les œuvres de Mary Wesley sont connues pour être émouvantes, ironiques – voire acerbes – et parfois sulfureuses. Quatrième roman de l’auteur publié par Héloïse d’Ormesson, ce texte surprenant contient tous les ingrédients qui ont fait le succès de l’auteur. Avant de partir en voyage, Matilda a décidé que sa maison et ses affaires devaient être en ordre. Plus rien ne la retient : son mari est mort, son chien et son chat également… Aussi récure-t-elle son cottage de la cave au grenier en écoutant la radio. On y donne des nouvelles du monde, par ailleurs peu réjouissantes : un matricide est recherché par toutes les polices du pays, une jeune mariée a disparu et la guerre fait encore et toujours des ravages… Elle confie son jar, Gus, à un fermier du voisinage, et s’en va pique-niquer sur la plage où elle a décidé de prendre son dernier repas, cette plage où elle et son défunt mari aimaient tant aller se prélasser autrefois. Dans son panier, une bouteille de beaujolais, une part de brie et… son bouillon de onze heures ! Car Matilda n’a pas l’intention de rentrer de ce voyage : elle veut se suicider et a décidé de se jeter à la mer. Malheureusement, un groupe de jeunes venus prendre du bon temps au bord de l’eau l’oblige à modifier ses plans. Elle file donc vers le pont où, une fois de plus, elle se heurte à « un empêcheur de se suicider en rond », qu’elle reconnaît aussitôt malgré l’obscurité : il s’agit du matricide tant recherché. L’homme a, paraît-il, tué sa mère avec un plateau à thé en argent – so British ! Matilda lui fait part de son ennui de le trouver là. Comme il n’a pas l’air bien méchant et paraît encore plus désespéré qu’elle, elle lui propose le gîte et le couvert. Hugh est un homme charmant. Entre la vieille dame esseulée et son étonnant pensionnaire vont bientôt se tisser des liens incroyables, faits de confidences, de complicité et de sensualité.


On n’en dira pas plus de peur de trop en dévoiler, mais l’auteur livre ici un roman à la fois drôle, grave et plein de surprises, dans la lignée d’Arsenic et vieilles dentelles. Aussi cocasse qu’émouvant, ce cocktail d’humour noir recèle « un zeste d’impertinence, un soupçon d’indécence et des trésors de malice ». Adieu les mamies gâteau, exit les vieilles radoteuses qui sentent la naphtaline : Matilda surprend par son côté mutin, sa modernité, sa philosophie politiquement incorrecte qui sort des sentiers battus. Si vous êtes morose, fatigué, déprimé, installez-vous sans hésiter dans un bon fauteuil avec une tasse de thé, des petits gâteaux et ce livre de Mary Wesley.


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