Chronique Les Jours infinis de Claire Fuller

  • Claire Fuller
  • Traduit de l’anglais par Mathilde Bach
  • Coll. «Coll. « La Cosmopolite »»
  • Stock
  • 29/04/2015
  • 340 p., 20 €
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Sandrine Maliver-Perrin Librairie Sauramps (Montpellier)

Londres, 1985. Peggy est une adolescente pas tout à fait comme les autres. Enlevée par son père, qui lui a fait croire que la fin du monde avait eu lieu, elle vient de passer neuf ans dans une cabane perdue au fin fond d’une forêt lointaine. Comment a-t-elle survécu et comment a-t-elle pu en partir ?

Si vous avez aimé l’atmosphère lourde et angoissante de Sukkwan Island (Folio) de David Vann ou de Room (Le Livre de Poche) d’Emma Donoghue, ce livre est pour vous ! Premier roman de l’auteure britannique Claire Fuller, Les Jours infinis est un roman dérangeant, troublant et, il faut l’avouer, particulièrement addictif. La jeune Peggy Hillcoat, 17 ans aujourd’hui, est de retour dans la maison familiale auprès de sa mère. L’histoire nous est contée par la jeune fille, qui semble avoir gardé l’innocence de ses 8 ans et dont la voix alterne habilement entre présent et passé. Elle nous livre tour à tour les souvenirs de l’été durant lequel son père l’a kidnappée et des années qu’elle vient de passer avec lui dans la forêt, et les sentiments qu’elle éprouve en cette année 1985, date de son retour au monde. L’été 1976, le père de Peggy, un jeune homme oisif et un peu paumé, transforme la cave en abri antiatomique et discute de fin du monde avec ses amis survivalistes. Sa mère, pianiste célèbre d’origine allemande, a mis sa carrière en veille. Elle décide cependant de partir en tournée quelques semaines pour échapper à ses problèmes de couple et aux obsessions survivalistes de son mari. Le père et la fille s’amusent alors à camper dans le jardin avant qu’il ne l’emmène en voyage dans une lointaine forêt d’Allemagne. Mais les vacances se muent en perpétuité quand il lui annonce que la fin du monde qu’il redoutait tant a eu lieu et qu’ils sont les deux seuls survivants. La vie de la petite Peggy va désormais se réduire à l’immensité de cette forêt inconnue et à une cabane rudimentaire en bois. Ses seuls trésors sont les souvenirs qu’elle garde de sa mère et de sa vie passée. Des souvenirs et des rêves aussi précieux que douloureux, qui amèneront le père et la fille à construire un piano silencieux. Rien n’est facile ici. Il faut apprendre à survivre dans ces étendues sauvages où les journées sont rythmées par le soleil et la vie par les saisons. Il faut s’habituer l’un à l’autre et prendre soin l’un de l’autre maintenant que l’amour maternel n’est plus. Il faut apprivoiser la solitude et la souffrance… Puis Peggy se rend compte peu à peu que le comportement de son père change et, lorsqu’elle trouve un jour dans les bois une paire de bottes, tout bascule… Comment va-t-elle s’en sortir ? Vous le saurez en lisant ce roman fascinant qui vous tiendra en haleine de la première à la dernière page. Avec une plume parfaitement maîtrisée, servie par une prose poétique qui décrit à merveille la nature magnifique et sauvage et les errances des personnages, l’auteure déroule les fils d’une histoire aussi sombre qu’attachante. Le suspense est parfois presque insoutenable, les rebondissements et fausses pistes se multiplient jusqu’à un final qui laisse sans voix. C’est une histoire de folie, celle d’un père, une histoire d’amour filial, une histoire de retour à la nature. En résulte un premier roman parfaitement réussi, intense et hypnotique, à la fois cruel et beau.

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