Chronique Grenouilles de Mo Yan

  • Mo Yan
  • Traduit du chinois par Chantal Chen-Andro
  • Seuil
  • 18/08/2011
  • 416 p., 22 €

MALIVER-PERRIN SANDRINE, Librairie SAURAMPS, Montpellier

Rares sont les écrivains qui nous 
surprennent à chaque roman. 
Mo Yan est de ceux-là : dans ce nouveau roman au titre singulier, l’auteur livre 
une chronique sociale brillante et 
audacieuse à l’humour décapant.


Étrange titre que ce Grenouilles, basé sur une homophonie chinoise difficile à traduire en français. Le titre original du roman est Wa, dont l’idéogramme est celui de la grenouille, symbole de la fertilité dans certaines provinces chinoises. Mais il évoque aussi, phonétiquement, le coassement du batracien et les pleurs du bébé, ainsi que Nüwa, la déesse qui a créé l’humanité. Forts de ces explications, vous vous rendrez vite compte qu’il s’agit en fait d’une fresque dans laquelle l’auteur dénonce, sans langue de bois, la politique de l’enfant unique et les drames individuels dont elle peut être la cause.

Le narrateur, alias Têtard, est un lettré chinois qui se rêve dramaturge. Chacun des chapitres du roman prend l’aspect d’une longue lettre écrite à un écrivain japonais qu’il considère comme son maître, et où il parle de la pièce qu’il envisage d’écrire sur sa tante, une gynécologue exerçant à la campagne. Si elle commence au début de sa carrière par combattre l’ignorance et les superstitions paysannes, la fameuse tante est bientôt chargée du planning familial par les autorités. Entièrement dévouée au Parti, elle fait appliquer avec zèle les méthodes pour faire diminuer le nombre de naissances : stérilisation imposée des hommes et des femmes ayant déjà des enfants, avortements forcés et autres horreurs, souvent au mépris de la vie des patientes. Dans ce décor rural évoluent des personnages hauts en couleur, héros d’anecdotes incroyables, souvent drôles, parfois terribles, partagés entre traditions et contraintes propres à la société chinoise. La personnalité à la fois fascinante et terrifiante de la tante sert ainsi de prétexte à l’auteur pour nous raconter soixante années de la vie d’un village dans la province du Shandong, des débuts de la République populaire à aujourd’hui. À travers ce portrait magistral de femme et de toute une société, c’est donc cette période complexe de l’histoire chinoise qui défile sous nos yeux. Mo Yan poursuit avec brio sa recherche de formes littéraires nouvelles. Brillant !

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